Comprendre et Tester l’Accessibilité d’un Site Web avec les WCAG

08/01/2026

Pourquoi l’accessibilité web concerne tout le monde ?

L’Organisation Mondiale de la Santé estime que plus de 16% de la population mondiale vit avec un handicap, soit plus d’un milliard de personnes (OMS, 2023). Pour beaucoup, les barrières numériques sont bien réelles. En Suisse, 1,3 million de personnes sont affectées par des limitations fonctionnelles, dont la surdité fait partie (OFS, 2021). Un site accessible n’est donc pas un luxe, mais une nécessité sociale et légale.

Les directives WCAG sont recommandées par le consortium W3C et reprises, sous différentes formes, dans la loi sur l’égalité (LHand) en Suisse, la loi américaine ADA ou le RGAA en France. Un site non-accessible expose à la fois à des risques d’exclusion et à des plaintes.

Présentation des critères WCAG : un socle solide pour l’accessibilité

  • WCAG signifie Web Content Accessibility Guidelines, élaborées par le W3C depuis 1999.
  • La version la plus utilisée actuellement est la WCAG 2.1, en attendant une large adoption de la 2.2 (publiée en 2023).

Les WCAG reposent sur quatre grands principes :

  • Perceptible : Toutes les informations doivent être présentées de manière à pouvoir être perçues par l’utilisateur, quelle que soit sa manière d’accéder au contenu.
  • Utilisable : L’utilisateur doit pouvoir interagir avec le site et naviguer facilement.
  • Compréhensible : Les informations et les opérations doivent être compréhensibles et prévisibles.
  • Robuste : Le contenu doit être compatible avec les technologies d’assistance actuelles et futures.

Les critères WCAG se déclinent en trois niveaux : A (indispensable), AA (fortement recommandé), AAA (niveau le plus poussé, rarement exigé en pratique).

Plan d’action : comment vérifier l’accessibilité d’un site avec les critères WCAG ?

Démarche globale en 4 étapes

  1. Lire et comprendre les principaux critères WCAG
  2. Utiliser des outils d’évaluation automatique
  3. Procéder à des tests manuels
  4. Recueillir l’avis de personnes concernées

1. Comprendre les critères les plus importants

Il existe 78 critères répartis du niveau A au niveau AAA dans la version 2.1 des WCAG (W3C Quick Reference). Certains sont particulièrement essentiels :

  • Textes suffisamment contrastés (critère 1.4.3 : contraste minimal de 4,5:1 pour les textes normaux)
  • Présence d’alternatives textuelles pour les images et vidéos (critère 1.1.1)
  • Structure des titres et des pages claire (critère 1.3.1)
  • Navigation accessible au clavier seul (critère 2.1.1)
  • Présence de sous-titres pour les vidéos (critère 1.2.2), crucial pour les personnes sourdes et malentendantes

Selon le rapport de WebAIM (2023), 96,3% des pages d’accueil testées avaient au moins une erreur de contraste, 76% des images sans alternative textuelle et 70% présentaient des problèmes de structure de titres.

2. Outils d’évaluation automatique accessibles à tous

De nombreux outils gratuits analysent les sites et pointent rapidement les principales erreurs. Voici les plus fiables, utilisables sans compétences techniques avancées :

  • WAVE (https://wave.webaim.org/) : Idéal pour un premier diagnostic visuel.
  • axe DevTools : Extension pour Chrome/Firefox, très intuitive, qui balise les problèmes selon les normes WCAG.
  • Lighthouse (Google Chrome) : Inclut un audit d’accessibilité dans le menu « Outils de développement ».
  • AChecker : Outil en ligne simple permettant d’auditer une page entière (https://achecker.achecks.ca).

Attention : aucun outil automatique n’est exhaustif ! En général, ils détectent entre 20% et 40% des barrières réelles (source : Gouvernement britannique, Service Design Manual).

3. Tester manuellement… c’est indispensable

Rien ne remplace l’exploration d'un site « comme si on avait un handicap ». Différents handicaps, différentes méthodes :

  • Utiliser uniquement le clavier : Essayez de parcourir un site avec la touche Tab et Entrée ; tous les liens, menus et formulaires doivent être accessibles sans souris.
  • Désactiver les images dans votre navigateur pour vérifier que les textes alternatifs sont clairs.
  • Utiliser un lecteur d’écran (NVDA, VoiceOver, JAWS). Même si on n’est pas spécialiste, on peut constater si la vocalisation est fluide et non confuse.
  • Activer les sous-titres sur les vidéos – tester si la transcription retranscrit bien le sens, pas juste une traduction mot à mot.
  • Changer la taille du texte : Zoomer jusqu’à 200% ne doit pas faire « casser » la présentation.

4. Impliquer les principaux concernés

Un audit réussi implique toujours les usagers. Demander à une personne sourde, malentendante ou atteinte d’un autre handicap de parcourir le site, c’est recueillir des retours précieux et souvent impossibles à anticiper par une machine. Les associations, comme Pro Infirmis en Suisse ou WebAIM, proposent parfois des panels utilisateurs ou des accompagnements spécifiques.

Ce que vérifient concrètement les audits WCAG

Critère clé Pourquoi c’est important ? Comment tester facilement ?
Textes alternatifs pour contenus non textuels Décrit les images pour lecteurs d’écran, essentiel pour personnes aveugles et malvoyantes, utile pour moteurs de recherche, etc. Surligner une image et vérifier la présence d’un « alt » en lisant le code source ou via un outil comme WAVE.
Contraste des couleurs Permet de lire les textes sans efforts, y compris en cas de déficience visuelle ou en plein soleil. Utiliser Color Contrast Checker (WebAIM).
Navigation clavier complète Les personnes qui ne peuvent pas utiliser une souris (troubles moteurs, cécité) doivent accéder à tout le contenu. Parcours tout le site avec seulement Tab/Shift+Tab/Entrée/Espace.
Hiérarchie correcte des titres (H1, H2, H3…) Permet de comprendre la structure et de se repérer rapidement, indispensable pour navigateurs vocaux. Simuler une navigation par titres dans NVDA ou vérifier le balisage sur l’outil WAVE.
Sous-titres et transcriptions pour les médias Donne accès aux vidéos et audios pour les personnes sourdes, malentendantes et celles qui préfèrent lire. Regarder les vidéos et cliquer sur l’option « CC » ou chercher une transcription à proximité.

Bonnes pratiques et pièges fréquents

  • Ne se fier à aucun outil automatique à 100% : leur but est d’alerter et non de tout valider !
  • Éviter les « effets de mode » qui empêchent souvent la navigation : menus invisibles, carrousels complexes, animations non contrôlables.
  • Penser aux besoins réels des personnes en situation de handicap, qui varient beaucoup d’un profil à l’autre.
  • Documenter et rendre publiques les améliorations d’accessibilité du site (ex : page « Accessibilité » ou « Accessibilité numérique »).

Aller plus loin : former, sensibiliser et inclure

Vérifier l’accessibilité d’un site web doit devenir une étape naturelle à chaque mise à jour ou création de contenu. Même sans grands budgets, tester les principaux critères, corriger les erreurs signalées et consulter les usagers fait une vraie différence—et contribue à rendre le Web inclusif pour tous.

Pour approfondir, il existe aussi des guides accessibles et traduits en français :

Chaque geste compte : même les sites les plus modestes peuvent devenir des modèles d’accessibilité en suivant des étapes simples, et en gardant à l’esprit que chaque difficulté levée change la vie de beaucoup.

En savoir plus à ce sujet :