Bien choisir une solution de visioconférence quand on est sourd : guide pratique pour une communication accessible

06/12/2025

Ce qu’une solution de visioconférence doit vraiment offrir pour l’accessibilité

Avant de comparer les plateformes existantes, il est important d’identifier les besoins spécifiques pour la communication à distance en cas de surdité. Une visioconférence inclusive ne se limite pas à l’image et au son ; elle doit offrir :

  • Une qualité vidéo élevée pour lire les signes, les expressions du visage et les mouvements des lèvres (utile pour la lecture labiale).
  • Un affichage « galerie » permettant de voir tous les participants simultanément (utile lors d’une interprétation en LSF ou pour suivre visuellement plusieurs interlocuteurs).
  • Des sous-titres automatiques ou manuels, avec la possibilité de les modifier en cas d’erreur de transcription.
  • Une compatibilité avec des applications tierces pour intégrer un interprète à distance ou d’autres services d’accessibilité.
  • La possibilité de partager l’écran ou d’échanger des messages écrits instantanés.

L’Association nationale des parents d’enfants sourds (ANPEDA) rappelle que l’accessibilité numérique est un droit fondamental pour les 466 millions de personnes sourdes et malentendantes dans le monde (chiffres OMS, 2023).

Comparatif des principales plateformes de visioconférence

Parmi l’offre pléthorique d’outils, plusieurs plateformes se distinguent en termes d’accessibilité. Voici un état des lieux des solutions les plus connues et de quelques alternatives innovantes.

Plateforme Qualité vidéo Sous-titres intégrés Affichage galerie Intégration LSF/LSSG Chat écrit
Zoom Très bonne (HD) Automatiques & personnalisables Jusqu’à 49 participants Spot sur l’interprète possible Oui
Microsoft Teams Bonne Automatiques (langues principales) Mode ensemble/gallerie Mise en avant possible Oui
Google Meet Bonne, dépend du réseau Sous-titrage temps réel (français inclus) Jusqu’à 16 participants Interprètes en participant Oui
Skype Bonne Sous-titrage en direct Affichage mosaïque Moins pratique pour l’interprétation Oui
Whereby Bonne Non intégré (apps tierces) Vue multi-utilisateurs simple Moins utilisé, mais accessible Oui
KUDO Pro Si présence d’interprètes professionnels Jusqu’à 10 affichages Idéal pour événements multilingues avec LSF Oui

Sources : Guides d’accessibilité ANPEDA, tests internes, documentation éditeurs Zoom, Microsoft, Google, Skype, Kudo, Whereby (dernières versions 2024).

Deux points essentiels : sous-titrage et interprétation en direct

Sous-titrage automatique : progrès notables, mais imperfections à connaître

Aujourd’hui, Zoom, Teams, Google Meet et Skype proposent des sous-titres automatiques. Le taux de fiabilité varie : selon une étude universitaire menée en 2022 dans l’enseignement supérieur suisse, la précision moyenne pour le français avoisine les 85 %. Hélas, ce taux chute lorsque plusieurs personnes parlent en même temps, s’il y a du bruit, ou lorsque le vocabulaire est technique. Les outils permettent toutefois de relire et corriger les sous-titres (notamment sur Zoom), ce qui compense en partie ces insuffisances.

À noter : Google Meet est l’un des seuls à proposer le sous-titrage continu en français dans ses versions gratuites, alors que chez Teams ou Zoom, certaines options avancées nécessitent un abonnement ou une gestion par l’administrateur de la réunion.

Pour des réunions de grande importance, la présence d’un transcripteur humain reste préférable, par exemple via les services Velotype ou Authôt (source : Fédération nationale des sourds de France).

Intégrer un interprète en Langue des Signes : fonctionnalités et astuces pratiques

  • Zoom est plébiscité pour sa fonctionnalité « Spotlight » qui permet de mettre en premier plan l’interprète LSF/LSSG. Jusqu’à 9 vignettes peuvent être « épinglées » simultanément, assurant un suivi constant de l’échange signé et parlé.
  • Microsoft Teams permet également de fixer l’interprète en vedette, mais l’option est parfois cachée dans les réglages avancés. Depuis fin 2023, le mode « Vue interprète » facilite cette expérience (source : Microsoft Accessibility Blog).
  • Google Meet accepte plusieurs fenêtres ouvertes simultanément (avec l’application Grid View), permettant de placer l’interprète, l’orateur et le présentateur côte-à-côte.

Pour un usage plus « grand public », Whereby est apprécié pour sa simplicité d’utilisation, bien que l’intégration de l’interprète doive parfois être bricolée via écrans séparés.

Astuce : Pour effectuer un rendez-vous médical ou administratif, il existe en Valais des services d’interprètes à distance spécialisés, compatibles avec la plupart des plateformes citées. Par exemple, le service Swissdeaf (soutenu par Procom) propose des permanences d’interprétation sur Zoom ou Google Meet (source : Swissdeaf.ch).

Cas concrets et bonnes pratiques d’accessibilité en visioconférence

Préparer une réunion accessible

  • Privilégier les plateformes testées et validées par les associations de personnes sourdes et malentendantes : Zoom reste recommandé (source : FNSF, Procom Suisse).
  • Prévenir en amont la participation d’un interprète ou d’un transcripteur si besoin.
  • Veiller à ce que chacun soit bien éclairé, sans contre-jour, pour améliorer la lecture labiale ou le repérage des signes.
  • Utiliser un micro de bonne qualité pour aider la reconnaissance vocale automatique au moment des sous-titres.
  • Rédiger un résumé écrit ou partager un document écrit après la réunion.

Anecdotes et témoignages

De nombreux retours montrent que la visioconférence, lorsqu’elle est bien préparée, permet d’égaliser les chances. Par exemple, lors de la pandémie de COVID-19, une enquête menée par Inclusion Handicap Suisse auprès de 300 personnes sourdes a révélé : 63 % d’entre elles estiment que les solutions numériques testées pendant la crise leur ont permis de retrouver un accès à la vie sociale et à l’information, mais elles insistent sur la nécessité d’adaptations permanentes (Source : Inclusion Handicap Suisse, rapport 2022).

Quelques organisations, comme les universités de Lausanne et Genève, ont développé des guides spécifiques sur l’accessibilité des visioconférences, consultables en ligne. Ces ressources détaillent les réglages optimaux (type d’affichage, taille des fenêtres, place de l’interprète…) et peuvent être librement partagées (Guide UNIGE).

Plateformes alternatives et solutions complémentaires

En dehors des grands acteurs, il existe des solutions spécialisées, notamment pour les contextes professionnels ou officiels :

  • RogerVoice : application mobile conçue initialement pour téléphoner avec sous-titrage en temps réel, elle propose aussi la visioconférence simple avec reconnaissance vocale en français.
  • Platforms dédiées à la LSF/LSSG : en Suisse, Swisscom Dialog ou Procom proposent des salons vidéo avec relayage par un interprète professionnel.
  • Kudo et Interprefy : plateformes dédiées à l’interprétation simultanée multilingue, utilisées lors de grands congrès ; parfois disponibles pour la LSF ou l’International Sign.

La Suisse est d’ailleurs en pointe sur ces aspects, avec plusieurs start-up et services publics développant l’e-inclusion, comme le démontre la stratégie « eAccessibility » soutenue par la Confédération (admin.ch/eAccessibility).

Capacités d’évolution et engagement des éditeurs

Il faut souligner les efforts récents des éditeurs pour s’adapter aux retours des personnes sourdes : depuis fin 2022, de nombreuses plateformes proposent des mises à jour régulières de leurs fonctionnalités d’accessibilité. Zoom et Microsoft Teams, par exemple, intègrent désormais des retours d’usagers dans leur process de développement produit (Microsoft Accessibility Blog).

Dans certains pays, comme la France ou la Suisse, des associations de personnes sourdes sont régulièrement consultées lors du développement ou de l’amélioration de ces outils. Cela reste cependant perfectible, et il est important de continuer à signaler les besoins non couverts.

Vers des visioconférences plus inclusives : une dynamique à encourager

Si les solutions de visioconférence sont loin d’être parfaites, les avancées sont réelles et le paysage évolue très vite grâce à l’engagement des communautés sourdes et des professionnels du numérique. S’informer, tester, partager les astuces et donner son avis permet d’améliorer en continu l’accessibilité des outils pour tous.

Les personnes sourdes ou malentendantes prennent ainsi une place active dans la société numérique, contribuant à une évolution solidaire et inclusive, où la communication passe par tous les moyens possibles : la voix, les signes, l’image, ou le texte.

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