Des soins de santé sans barrières : des solutions pour plus d’accessibilité au quotidien

09/09/2025

Santé et accessibilité : un défi quotidien pour beaucoup

En Suisse, plus d'une personne sur cinq vit avec une déficience auditive. Cela représente environ 1,3 million de personnes, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). En Valais, les obstacles rencontrés par les personnes sourdes ou malentendantes dans le système de santé restent nombreux, alors que l’accès à des soins de qualité et à une information claire est fondamental pour tous. Que ce soit pour prendre rendez-vous, comprendre une ordonnance ou communiquer en situation d’urgence, chaque étape du parcours de soins peut devenir source de stress, voire de danger, si elle n’est pas adaptée.

Pourtant, de nombreuses solutions existent pour rendre la santé plus accessible. Ce dossier propose un tour d’horizon pratique et concret, adapté à la réalité du Valais mais aussi à celles d’autres cantons francophones.

Obstacles fréquents rencontrés par les personnes sourdes et malentendantes

  • La communication insuffisante : De nombreux établissements de santé ne proposent ni interprètes en langue des signes, ni supports écrits ou visuels pour faciliter la compréhension.
  • Des informations inadaptées : Les documents médicaux, consentements ou résultats d’analyses ne sont souvent disponibles que sous forme orale ou dans un langage technique difficile à comprendre.
  • Le manque de formation des professionnels : Beaucoup de soignants ne connaissent pas les besoins spécifiques liés à la surdité ou ignorent l’existence d’outils adaptés (Office fédéral de la santé publique, 2022).
  • L’accès restreint à l’interprétation : Les interprètes en langue des signes sont peu nombreux. Il y a environ 300 interprètes LSF en Suisse, toutes langues confondues (Swiss Federation of the Deaf, 2023).
  • Les situations d’urgence : Face à des urgences, un tiers des personnes sourdes déclarent avoir renoncé ou retardé des soins faute d’accessibilité (Journal of Deaf Studies and Deaf Education, 2021).

Des solutions concrètes pour tous les acteurs du système de santé

Pour les professionnels de santé : adapter et anticiper

  • Se former à la communication accessible :
    • Participer à des ateliers courtes sur la surdité (proposées par Pro Infirmis, FSSS ou des associations locales).
    • Apprendre quelques signes de base ou adopter l’écriture simplifiée pour réussir une première communication d’urgence.
  • Prévoir la présence d’un interprète :
    • Contacter l’Association Suisse des Interprètes en Langue des Signes (www.proils.ch) pour réserver un interprète lors de rendez-vous importants.
    • Utiliser des applications de visio-interprétation (par exemple, Relais Signes ou Sorgetel, disponibles dans certains cantons).
  • Mettre à disposition une information écrite, claire et visuelle :
    • Rédiger les recommandations et ordonnances en langage simple, voire accompagner par des pictogrammes.
    • Traduire les documents-clés en français facile à lire et à comprendre (FALC), comme cela se développe à Genève ou Lausanne.
  • Adopter une signalétique visuelle efficace :
    • Les hôpitaux de Monthey et de Sierre expérimentent l’ajout de panneaux, de plans interactifs, ou de marquages au sol pour faciliter l’orientation des patients sourds.

Pour les structures de santé : intégrer l’accessibilité dans la politique globale

  • Nommer un référent accessibilité/surdiencie au sein du service : Ce référent forme le personnel, anticipe les besoins et fait le lien avec les associations.
  • Numériser et adapter les prises de rendez-vous : Mettre en place des systèmes de prise de rendez-vous par SMS, mail ou plateformes en ligne, comme le fait l’Hôpital du Valais avec la solution Mon Portail Patient.
  • Développer des partenariats : Exemples à suivre : à Berne, l’hôpital universitaire collabore avec la Fédération suisse des sourds pour organiser des permanences en langue des signes.
  • Favoriser le recours à la télémédecine adaptée : La pandémie de Covid-19 a montré l’efficacité de la télémédecine pour les personnes ayant des barrières de communication (Almeida et al., The Lancet, 2022).

Des outils numériques pour une santé accessible au bout des doigts

Le numérique représente un levier majeur d’accessibilité. De nombreuses applications et ressources simplifient l’accès aux soins.

Applications mobiles et plateformes utiles

  • AVA : Application de transcription instantanée de la parole en texte. Permet aux patients de suivre une consultation en direct sur tablette ou smartphone.
  • RogerVoice : Solution de sous-titrage d’appels téléphoniques, compatible avec la plupart des systèmes de santé en Suisse.
  • Visio-interpretariat : Plateformes comme Equivalent ou ProILS offrent des services d’interprètes en langue des signes à distance, particulièrement utiles pour les rendez-vous courts ou non programmés.
  • Traduction de documents médicaux simplifiée : Des consignes ou recommandations peuvent être traduites via le réseau européen Inclusion Europe, qui promeut le français facile à lire (FALC).

Conseils pour les patients et leurs proches

  1. Préparer à l’avance les points à aborder en consultation, par écrit ou en images.
  2. Informer le secrétariat médical des besoins spécifiques dès la prise de rendez-vous.
  3. Demander la présence d’un accompagnant ou d’un‐e interprète si besoin.
  4. Utiliser les dispositifs de transcription (applications mobiles) lors des échanges en face-à-face.
  5. En cas de besoin, faire valoir ses droits à l’égalité d’accès (Art. 8 de la Constitution fédérale, Loi sur l’égalité pour les handicapés).

Le rôle clé des associations et de l’entourage

Les associations jouent un rôle de premier plan en proposant des ateliers de sensibilisation, des guides pratiques et un accompagnement dans la recherche d’interprètes. En Valais, Solidarité des sourds Valais ou la Fédération Suisse des Sourds (FSSS) apportent conseils, orientation et appui. Les groupes de parole et les forums en ligne (ex. SilentWorld) permettent de partager des expériences et de trouver rapidement une réponse à un problème précis.

L’entourage, lui aussi, gagne à s’informer. Soutenir une personne sourde ne signifie pas intervenir à sa place, mais l’aider à accéder à ses droits : préparer les rendez-vous, comprendre le fonctionnement des solutions technologiques ou faire le lien avec les professionnels de santé.

Accessibilité en urgence : anticiper et sauver des vies

  • Numéros d’urgence adaptés : En Suisse, le 144 (ambulance), le 117 (police) ou le 118 (pompiers) sont accessibles par SMS pour les personnes enregistrées au préalable (SOS112).
  • Cartes médicales à remplir : Suisse Balance encourage l’utilisation de fiches santé simplifiées, à montrer en cas d’urgence pour aider les soignants à comprendre rapidement l’état de santé de la personne sourde.
  • Bracelets ou QR-codes médicaux : Ch de Lausanne expérimente des bracelets connectés qui fournissent des données essentielles (allergies, traitements, etc.) instantanément et sans ambiguïté.

Il est recommandé de toujours porter sur soi (clé USB, carte papier, téléphone) ses principales informations médicales en français simple.

Des initiatives inspirantes en Suisse et ailleurs

  • À Genève, la Clinique des Grangettes a formé tout son personnel d’accueil à la lecture labiale et à la communication gestuelle basique.
  • À Lausanne, le CHUV propose une consultation en langue des signes deux matinées par mois, prise d’assaut et très appréciée.
  • En Allemagne, l’application « Covid-Info Deaf » a permis la diffusion d’informations de santé officielles en LSF et sous forme vidéo, doublant le taux de compréhension par rapport aux supports écrits traditionnels (source : Bundesministerium für Gesundheit, 2021).
  • En France, de nombreux hôpitaux mettent à disposition des « bienvenue sourds », de jeunes volontaires formés spécifiquement à l’accompagnement quotidien.

Osez demander, signalez les lacunes : des progrès sont possibles

La loi cantonale reconnaît le droit de chacun à un accès égal aux soins. Les établissements et professionnels sont tenus de chercher des solutions. Remonter les difficultés, écrire aux institutions et proposer des pistes concrètes sont des actes simples, mais essentiels pour faire évoluer la situation – pour soi, et pour d’autres.

Des progrès notables ont été réalisés en cinq ans : multiplication des supports en langue des signes, émergence de plateformes d’entraide, formation de référents accessibilité dans le secteur hospitalier. Il y a encore beaucoup à faire, mais chaque action – individuelle ou collective – compte. Plus les besoins sont exprimés, plus les solutions grandiront et deviendront la norme.

Solidarité, information partagée et engagement de tous restent les meilleurs leviers pour faire tomber les dernières barrières. La santé doit rester un droit, accessible, compréhensible et humain, partout, pour tous.

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