Solutions concrètes pour mieux communiquer au quotidien quand on est sourd ou malentendant

26/08/2025

Comprendre les besoins en communication des personnes sourdes et malentendantes

En Suisse, plus de 800 000 personnes présentent une déficience auditive, soit près de 10 % de la population (source : OFS, 2022). Les situations sont diverses : surdité de naissance, perte progressive, troubles légers ou profonds. Les attentes varient donc : certains privilégient la langue des signes, d’autres l’oralisme ou la lecture labiale.

L’accès à l’information, à l’éducation, à la santé ou à la culture dépend beaucoup des outils de communication accessibles. C’est pourquoi il est essentiel d’adapter les solutions à chaque contexte et à chaque profil, sans jamais perdre de vue l’objectif principal : garantir l’autonomie et la participation sociale.

Les outils technologiques : un levier majeur pour la communication accessible

Applications mobiles et plateformes en ligne

  • Applications de transcription en temps réel : Des applications comme AVA, Scribe2Go ou RogerVoice convertissent la parole en texte instantanément via smartphone ou tablette. Ces solutions permettent de suivre une réunion, un cours ou un rendez-vous médical. À noter : la précision dépend parfois de la clarté vocale ou du bruit ambiant, mais les performances s’améliorent sans cesse grâce à l’intelligence artificielle.
  • Systèmes de relayage téléphonique : Le service de relais national propose aux personnes sourdes ou malentendantes de téléphoner par l’intermédiaire d’un opérateur qui traduit le texte en parole et inversement. En Suisse, Relai propose ces prestations gratuitement pour les appels privés (financé par la Confédération).

Sous-titrage et interprétation en temps réel

  • Sous-titrage en direct : Lors d’événements, les prestataires comme Textlive ou VerbaVoice assurent le sous-titrage instantané, projeté sur écran ou consultable sur tablette. Cette technique est de plus en plus utilisée lors de conférences, assemblées générales ou débats publics.
  • Interprétariat en langue des signes à distance (VRI) : De nombreuses plateformes, comme SignVideo ou SwisSOS, proposent des services d’interprétation à distance via visioconférence. Cela offre un accès immédiat à un interprète LSF-allemand ou LSF-français, particulièrement utile dans les situations imprévues ou urgentes.

Aides auditives et systèmes d’écoute

  • Appareils auditifs numériques : Plus de 250 000 personnes en Suisse utilisent aujourd’hui des aides auditives numériques (OFS, 2022). Modernes et discrets, ces dispositifs offrent une personnalisation poussée et une connectivité Bluetooth pour recevoir directement le son du téléphone, de la télévision ou de l’ordinateur.
  • Implants cochléaires : Pour les surdités sévères à profondes, l’implant cochléaire peut redonner accès à l’audition et permettre une communication orale plus riche. En Suisse, près de 150 à 200 implantations sont réalisées chaque année chez l’adulte (source : ORL Suisse).
  • Systèmes à boucle à induction magnétique : Ces dispositifs présents dans certains lieux publics (théâtres, guichets, églises…) transmettent le son directement aux appareils auditifs compatibles — un gain de clarté souvent essentiel dans les environnements bruyants.

Outils traditionnels et stratégies comportementales : l’essentiel à ne pas négliger

La lecture labiale

Pratiquée quotidiennement par de nombreuses personnes sourdes ou malentendantes, la lecture labiale consiste à décoder les paroles grâce aux mouvements des lèvres, du visage, et parfois au contexte. Des cours spécifiques existent, notamment en Suisse romande, pour améliorer cette compétence, qui peut valoriser l’autonomie mais demande un apprentissage patient.

La langue des signes et ses ressources

  • Langue des signes française (LSF) et allemande (DSGS) : De plus en plus de structures (écoles, administrations, services publics) offrent un accès à la LSF ou à la DSGS, soit via des interprètes professionnels, soit grâce à des collaborateurs formés. Selon la Fédération Suisse des Sourds, plus de 7 000 personnes utilisent la langue des signes au quotidien en Suisse.
  • Vidéothèques : De nombreuses ressources (tutoriels, dicos vidéo, chaînes YouTube) existent pour apprendre ou pratiquer la langue des signes à son rythme.

Pictogrammes et supports visuels

  • Pictogrammes et affichages visuels : Dans les lieux publics, dans les transports ou à l’hôpital, les pictogrammes et panneaux lumineux permettent de s’orienter facilement sans lire ou entendre des consignes orales.
  • Applications de communication visuelle : Des outils comme Proloquo2Go (initialement destiné à d’autres handicaps, mais efficace pour certains sourds) permettent d’exprimer des besoins ou de comprendre des messages par des images et symboles.

Les stratégies interpersonnelles

  • Se placer de façon optimale : Face à la lumière, en évitant le contre-jour pour une bonne lecture labiale et une vision claire du visage
  • Répéter ou reformuler : Inviter le locuteur à parler distinctement, à reformuler ou à écrire si besoin
  • Utiliser des gestes naturels et une posture ouverte : Les signes du quotidien (pointer, hocher la tête, montrer du regard) sont précieux pour compléter la communication

Les outils dans la vie professionnelle et publique : avancées et limites

L’intégration des outils de communication adaptés dans le monde du travail et dans l’espace public progresse, mais des efforts restent nécessaires. En 2021, la Suisse a adopté un Plan d’action national pour mettre en œuvre la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). Celui-ci cible en priorité l’accessibilité de la communication dans tous les domaines : emploi, santé, éducation, loisirs.

Au travail

  • Sous-titrage en entreprise : Certaines grandes sociétés valaisannes équipent désormais leurs salles de réunion d’outils de sous-titrage en temps réel (par exemple, sur Microsoft Teams ou Zoom, qui proposent le sous-titrage automatique en plusieurs langues).
  • Formation des équipes : Sensibilisation aux besoins des personnes sourdes, organisation de sessions de présentation simplifiée de la langue des signes, nomination de référents « inclusion » pour faciliter l’accès à la communication au sein de l’équipe.
  • Procédures écrites et supports visuels : Favoriser les comptes rendus écrits, les schémas, ou les affiches illustrées dans les ateliers, usines ou chantiers.

Dans les services publics et la vie associative

  • Accueil en langue des signes : Plusieurs guichets publics du Valais proposent un accueil ponctuel ou sur rendez-vous en langue des signes via vidéoconférence (notamment pour les démarches administratives ou sociales).
  • Guichets équipés de boucles magnétiques : Les initiatives se multiplient pour équiper gares, tribunaux, salles de conférence ou musées de systèmes d’amplification accessibles.
  • Accessibilité lors d’événements associatifs : De nombreux festivals locaux (Festi’neuch, Fête de la Nature, etc.) proposent désormais l’interprétation en langue des signes ou le sous-titrage des conférences, ce qui favorise la participation de tous.

L’importance de l’adaptation et du choix individuel

Chaque personne sourde ou malentendante a ses propres préférences, selon son âge, son parcours, le type de surdité ou ses habitudes familiales. Il n’existe pas de solution universelle, mais une palette d’outils et de techniques à combiner selon les situations.

Certains privilégient la technologie, d’autres préfèrent la langue des signes et le contact direct. L’essentiel est de garder à l’esprit que la communication doit toujours s’adapter à la personne en face, et non l’inverse.

  • Impliquer l’entourage dans la découverte des outils : former, sensibiliser, expliquer pourquoi certains choix sont faits
  • Tester régulièrement les nouveautés : les applications évoluent vite, tout comme les aides auditives et les plateformes de relayage
  • Demander conseil à un centre audiophonologique ou à une association spécialisée (comme la Fédération Suisse des Sourds ou Pro Audito Suisse) pour choisir l’outil le plus adapté

Aller plus loin : ressources utiles pour s’équiper ou se perfectionner

Perspectives et évolution à venir

Grâce à l’innovation technologique et à la mobilisation du tissu associatif, la communication accessible progresse chaque année. La généralisation des sous-titres automatiques sur les plateformes vidéo, le développement d’applications compatibles avec les aides auditives ou la reconnaissance croissante de la langue des signes dans les institutions sont autant de signaux encourageants. La Suisse reste néanmoins attentive à ne laisser personne de côté : le défi consiste à combiner efficacement toutes ces ressources, en gardant l’humain et la relation au centre des préoccupations.

S’informer, tester, partager ses expériences et s’entraider : voilà les meilleures garanties pour que la communication reste un plaisir, un droit et une source d’inclusion pour tous, chaque jour.

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