Rendre les vidéos accessibles : Intégrer la langue des signes de manière simple et efficace

30/01/2026

Pourquoi l’interprétation en langue des signes est essentielle dans les vidéos en ligne ?

Aujourd’hui, près de 466 millions de personnes dans le monde vivent avec une déficience auditive, dont plus de 70 millions utilisent la langue des signes comme principale langue (source : Organisation mondiale de la Santé). En Suisse, on estime que 10 000 personnes utilisent la Langue des Signes Française (LSF) ou la Langue des Signes Suisse Allemande (DSGS) quotidiennement (source : Swiss Federation of the Deaf - SGB-FSS).

Pour ces personnes, accéder à l’information, aux services et à la culture passe aussi par la possibilité de voir, dans les vidéos, une interprétation en langue des signes. Pourtant, sur Internet, l’immense majorité des contenus vidéos n’est pas accessible sans sous-titrage ou sans interprétation. Cela crée une sorte d’exclusion numérique, alors même que l’accessibilité est essentielle pour renforcer l’autonomie, la participation citoyenne et l’égalité.

Intégrer un interprète en langue des signes dans les vidéos n’est pas une simple formalité : c’est un levier concret pour garantir l’accès à l’information et favoriser une société plus solidaire.

Les prérequis avant de se lancer

  • Comprendre son public : il existe plusieurs langues des signes (LSF, LSFB, DSGS, LIS, etc.). Il est essentiel de connaître la langue utilisée par la communauté à laquelle on s’adresse.
  • Connaître la réglementation : en Suisse, la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand, art. 7 et 8) encourage l’accessibilité des informations publiques pour les personnes en situation de handicap, y compris l’accès à la langue des signes.
  • Budgeter la prestation : l’intervention d’un interprète professionnel suppose un coût (en moyenne 80 à 110 CHF/heure, selon SwissInterpreters), auquel il faut ajouter certains frais techniques.

Comment choisir un interprète en langue des signes pour la vidéo ?

Faire appel à des professionnels certifiés

Il est important de choisir un interprète diplômé, confirmé et habitué au travail en vidéo. Plusieurs agences et indépendants sont recensés par la Fédération Suisse des Interprètes en Langue des Signes (FSILS/SGB-FSS). Les compétences techniques sont aussi importantes : traduire face caméra n’est pas tout à fait la même chose que traduire en présentiel lors d’un événement.

  • Vérifier la disponibilité des interprètes spécialisés en visiotraduction (Suisse Romande : Signes et Sens, Service d’interprétation par vidéo de Procom, etc.).
  • Demander des extraits vidéos pour évaluer la fluidité, l’expression et la clarté.

L’importance de la préparation

  • Transmettre le script ou le plan de la vidéo à l’interprète, idéalement plusieurs jours à l’avance.
  • Prévoir des temps de pause pour les vidéos longues (au-dessus de 20 minutes), car l’interprétation demande beaucoup de concentration.
  • Identifier les passages techniques ou spécifiques à anticiper, notamment les noms propres, acronymes, chiffres ou concepts complexes.

Intégrer l’interprétation en langue des signes : méthodes et outils

Trois manières principales d’intégrer l’interprète à l’image

  1. Incrustation directe (Picture-in-Picture)
    • L’interprète apparaît dans un encadré, souvent en bas à droite ou à gauche de la vidéo principale.
    • Permet une visibilité constante de l’interprète et du contenu principal.
    • La taille du cadre doit être suffisante pour voir les mains, le visage et le buste.
  2. Montage alterné
    • L’image bascule entre l’intervenant principal et l’interprète selon le discours.
    • Solution adaptée aux interviews, débats, formats courts.
    • Peut nuire à la continuité, moins recommandé pour l’accessibilité maximale.
  3. Vidéo dédiée en langue des signes
    • Production d’une seconde vidéo, entièrement réalisée en langue des signes.
    • Idéal pour des contenus complexes ou des événements longs.
    • Demande davantage de moyens, mais offre une accessibilité optimale.

Quel format privilégier ?

  • L’incrustation directe reste le plus courant : rapide, efficace, peu coûteux, compatible avec la plupart des lecteurs vidéos (YouTube, Vimeo, Facebook…)
  • Veiller à ce que la définition soit en HD minimum, l’interprétation se transmettant aussi par l’expression du faciès et des doigts – la qualité d’image est donc fondamentale.
  • Adapter la position du cadre selon la configuration des éléments graphiques ou du sous-titrage.

Étapes concrètes de réalisation

  1. Préparation en amont
    • Brief avec l’interprète
    • Vérification de l’aspect technique (lumière, fond neutre, caméra fixe, pas de contre-jour…)
  2. Captation de l’interprète
    • Enregistrement de l’interprète sur fond uni, avec une caméra frontale, cadrage américain (mi-corps).
    • Lumière douce, mains et visage bien visibles sans ombre portée.
  3. Montage vidéo
    • Importer la vidéo de l’interprète dans l’outil de montage (DaVinci Resolve, Premiere Pro, Final Cut…).
    • Créer une “fenêtre” dans la vidéo principale à l’aide de couches (layers).
    • Synchroniser l’interprétation à la bande son originale.
    • Exporter la vidéo en format compatible pour toute plateforme souhaitée.
  4. Publication et accessibilité
    • Ajouter une mention “Interprète en langue des signes présent” dans le titre/description.
    • Utiliser le chapitrage ou les timecodes pour faciliter l’accès à certaines parties.
    • S’assurer que le lecteur vidéo choisi n’occulte pas le cadre de l’interprète.

Quelques outils et plateformes utiles

  • YouTube : Possibilité d’exporter facilement une vidéo avec un cadre “picture-in-picture”. L’ajout d’un interprète lors du montage est compatible avec la majorité des plateformes.
  • OBS Studio : Outil gratuit permettant de capturer une vidéo avec plusieurs sources, idéal pour du direct (streaming).
  • Screencast-O-Matic : Pratique pour enregistrer simultanément son écran et la webcam de l’interprète, puis assembler les deux.
  • Wave.video, Kapwing, Canva : Solutions simples avec fonction “split window” ou “overlay” pour ajouter une fenêtre vidéo à l’image.

Bonnes pratiques pour une interprétation efficace

  • Taille du cadre : au minimum 1/6e de la surface totale de la vidéo, en plein écran pour les vidéos destinées exclusivement à la communauté sourde.
  • Contraste : Fond uni, de préférence sombre si l’interprète porte des vêtements clairs, ou clair si l’interprète porte des vêtements foncés.
  • Pas de superposition visuelle : Éviter de placer des éléments graphiques ou du texte sur ou sous le cadre de l’interprète.
  • Annoncer la présence d’un interprète : Signalétique dans la vignette ou dans le générique.
  • Tester l’accessibilité : Demander l’avis de personnes sourdes sur la lisibilité et la compréhension.

Une anecdote instructive : lors du forum “Santé et surdité” en 2023 (source : FSSS/SwissDeaf), plusieurs vidéos ont été diffusées avec incrustation d’interprète, mais le cadre était trop petit et la qualité d’image insuffisante, ce qui a généra des retours négatifs de la communauté. Il a suffi d’augmenter la taille de la fenêtre et d’uniformiser le fond pour régler immédiatement le problème.

Combiner sous-titres et langue des signes : la double accessibilité

Même si beaucoup de personnes sourdes sont signantes, toutes ne le sont pas. Ajouter à la fois un interprète en langue des signes et des sous-titres précis (et synchronisés) offre une accessibilité maximale, notamment pour les personnes devenues sourdes ou malentendantes acquis, et pour un public international.

  • Ainsi, selon l’étude Andika (2017, Université de Genève), 47% des personnes sourdes en Suisse privilégient une combinaison de la langue des signes et des sous-titres pour la compréhension de contenus complexes.
  • La norme européenne EN 301 549 préconise d’inclure plusieurs modalités d’accessibilité dans les vidéos publiques.

L’accessibilité, un engagement concret et citoyen

Intégrer un interprète en langue des signes dans les vidéos en ligne ne relève pas d’un simple effet de mode. C’est un choix éthique, citoyen et inclusif, en accord avec les droits fondamentaux de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées (article 9 sur l’accessibilité).

En rendant vos contenus vidéos accessibles à tous grâce à l’interprétation en langue des signes, vous contribuez directement à lutter contre l’exclusion numérique et à valoriser la diversité linguistique et humaine. De nombreuses structures et particuliers choisissent aujourd’hui de s’engager dans cette voie : les institutions publiques (RTS, administrations cantonales), les associations culturelles et même les entreprises privées, conscientes de leur responsabilité sociétale.

Chaque vidéo accessible, c’est un pas de plus vers une société où la surdité ne limite plus l’accès au savoir, à la culture, à l’emploi, ni à la citoyenneté. Intégrer l’interprétation en langue des signes dans ses contenus, c’est faire le choix de l’inclusion et du respect de toutes les singularités.

Sources principales :

  • Organisation mondiale de la Santé : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/deafness-and-hearing-loss
  • SGB-FSS : https://sgb-fss.ch
  • Fédération Suisse des Interprètes en Langue des Signes : https://fsils.ch/
  • Convention ONU sur les droits des personnes handicapées : https://www.un.org/development/desa/disabilities/convention-on-the-rights-of-persons-with-disabilities.html
  • Andika, Université de Genève, 2017
  • SwissInterpreters : https://swissinterpreters.ch/

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