Favoriser une accessibilité numérique réelle en Valais : lever les obstacles, ouvrir les portes

09/02/2026

Un accès au numérique, reflet de l’inclusion aujourd’hui

L’accès au numérique est devenu aussi indispensable que l’accès au logement, à la santé ou à l’éducation. Réaliser des démarches administratives, prendre rendez-vous, se soigner, accéder à l’information : tout passe par internet et les interfaces numériques. Mais pour environ 10 % de la population suisse souffrant de déficience auditive (source : OFS), ces usages quotidiens révèlent encore de nombreux obstacles, bien au-delà de la simple connexion internet.

L’inclusion numérique en Valais, c’est s’assurer que chaque citoyen – sourd, malentendant ou entendant – puisse participer à la vie sociale, économique et citoyenne, sans frein. L’enjeu est immense pour les personnes sourdes, qui rencontrent des barrières parfois invisibles, mais très concrètes : interfaces inaccessibles, absence d’adaptations linguistiques, manque de sensibilisation des acteurs et de formation continue.

Identifier les barrières numériques en Valais

Pour avancer, il faut d’abord comprendre où le bât blesse : quels sont les obstacles spécifiques à l’inclusion numérique des personnes sourdes et malentendantes ?

  • Sites web non conformes: Beaucoup de portails institutionnels ou d’entreprises privées continuent d’ignorer les recommandations élémentaires pour l’accessibilité numérique, comme la compatibilité avec les lecteurs d’écran, des vidéos sans sous-titrage ou traduction en langue des signes.
  • Canaux de communication limités: La majorité des services publics ou privés s’appuient principalement sur le téléphone pour accéder à un service ou obtenir un renseignement. Cela crée une véritable exclusion pour les usagers sourds.
  • Absence de contenus adaptés: Les documents institutionnels, guides, notifications importantes, et même les alertes d’urgence sont rarement traduits en langue des signes ou proposés avec transcription écrite simplifiée.
  • Lacune de sensibilisation et de formation: Les agents publics ou employés privés sont souvent démunis face aux attentes ou besoins spécifiques, faute de dispositif de sensibilisation ou de solutions d’accompagnement structurées.

D’après une enquête de Pro Infirmis (2022), seulement 20 % des sites des administrations cantonales suisses proposaient une expérience numérique jugée « globalement accessible » par les utilisateurs en situation de handicap, malgré l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand). Cela recoupe les constats locaux issus d’associations valaisannes (source : Pro Audito Valais).

Des solutions concrètes pour une inclusion numérique effective

1. Respecter les normes et bonnes pratiques d’accessibilité numérique

  • Adopter les standards WCAG (Web Content Accessibility Guidelines): Ils recensent les critères indispensables pour garantir que les sites web soient utilisables par tous. Sous-titres, alternatives textuelles, navigation simplifiée : ces recommandations, suivies à l’international, sont traduites en exigences dans la loi suisse (LHand).
  • Vérifier la compatibilité avec les lecteurs d’écran: L’ajout d’une alternative textuelle (balises Alt pour les images), la bonne hiérarchisation des titres (

    ,

    , etc.), ou l’usage d’une couleur contrastée et de polices lisibles favorisent un accès égalitaire.

  • Mettre à jour régulièrement ses contenus numériques: Un site accessible aujourd’hui ne le restera pas éternellement : il faut former et sensibiliser les gestionnaires de contenus aux évolutions et nouveaux formats numériques.

Un audit technique est fortement recommandé pour tout nouveau site public ou privé, suivi par des tests d’utilisation auprès de personnes concernées. En France, l’obligation de l’accessibilité numérique est progressivement étendue à toutes les entreprises de plus de 250 salariés (source : numerique.gouv.fr). Ces démarches devraient inspirer de futures adaptations en Valais.

2. Diversifier les modes de communication

  • Proposer un contact écrit direct (chat, mail, SMS): Les services de messagerie instantanée ou d’assistance en ligne sont des alternatives essentielles au téléphone. C’est un enjeu d’autonomie reconnu par la Fédération suisse des sourds (SGB-FSS).
  • Mise à disposition d’interprètes en langue des signes Suisse-allemand ou français (LSF): Via la vidéo-interprétation (par ex. Servicvarelais), pour faciliter toutes relations où l’oral est la norme.
  • Faciliter la demande de rendez-vous en ligne: Intégrer des créneaux réservés ou des commentaires permettant de préciser un besoin d’accompagnement.

Des études montrent qu’un service d’accès multiple (voix, écrit, vidéo) double la satisfaction et la fidélité des usagers sourds et malentendants (Source : European Union Agency for Fundamental Rights, 2022).

3. Produire des contenus adaptés et accessibles

  • Sous-titrer systématiquement les vidéos institutionnelles, informatives ou d’événementiel (ex : conférences du Canton du Valais, annonces de mesures sanitaires, etc.).
  • Traduire les informations clés en langue des signes suisse (LSF ou DS): Pour les démarches administratives complexes, accompagnées de formats visuels (pictogrammes, infographies).
  • Adopter le « langage facile à lire et à comprendre » (FALC): Recommandé par Inclusion Handicap Suisse, ce format améliore aussi l'accès pour les personnes âgées ou en situation de handicap cognitif.

Depuis 2023, la Confédération publie certains guides citoyens en FALC et plusieurs cantons forment leur personnel à la simplification linguistique (source : Inclusion Handicap Suisse).

4. Former et sensibiliser les collaborateurs des services

  • Former à l’accueil et à la communication inclusive: Y compris pour les cas particuliers : accueil sans barrière, gestion de situations inattendues, connaissance des gestes accessibles.
  • Intégrer la surdité et les compétences numériques dans les plans de formation continue: Cela permet de prévenir l’incompréhension et de valoriser tous les profils.
  • Sensibiliser par l’expérience directe: Ateliers, interventions d’associations locales (ex. Pro Audito Valais, SGB-FSS), projets de simulation de surdité dans le traitement d’un service permet de mieux appréhender les réalités vécues.

En Valais, moins de 15 % des services publics proposent à leur personnel un module de formation dédié à l’inclusion des personnes sourdes ou malentendantes (source : Association des Communes Valaisannes, 2023).

Quelques exemples inspirants d’inclusion numérique en Suisse

  • Les points d’accueil Facil’iti (Canton de Genève) : Offrent des ordinateurs équipés de solutions d’accessibilité pour les personnes sourdes, malentendantes ou avec troubles visuels (source : Genève Ville).
  • Video-Relay Service : Plateforme nationale suisse offrant un accès à l’interprétation à distance pour les appels vers les administrations, commerces et hôpitaux (source : SGB-FSS).
  • Formations publiques à l’accessibilité numérique : Proposées par Pro Infirmis, ces ateliers permettent de tester, de comprendre et d’adapter les démarches digitales aux réalités de chacun.
  • Accessibilité fixe dans la loi suisse : La Loi sur la radio et la télévision (LRTV) exige des quotas minimaux de sous-titrage pour le service public audiovisuel. Cette avancée a augmenté de 30 % le nombre de programmes accessibles en cinq ans (source : OFCOM).

Des initiatives locales à encourager : pistes concrètes pour le Valais

L’inclusion numérique n’est pas qu’une affaire de grandes structures. Quelques pistes à explorer ou étendre en Valais :

  1. Promouvoir l’accessibilité dans les appels d’offres publics : Toute modernisation de site ou d’application devrait exiger le respect des standards d’accessibilité – WCAG 2.1 comme base obligatoire.
  2. Créer un label « site accessible Valais » : Pour valoriser les services publics et privés qui ont adapté leur offre, en collaboration avec les associations locales.
  3. Installer des bornes interactives accessibles dans les lieux publics fortement fréquentés : Administrations, gares, CHU, centres de vaccination. Plusieurs cantons pilotes de Suisse-allemande les testent déjà.
  4. Développer une plateforme valaisanne de vidéo-interprétation : Partage de ressources entre les services sociaux, éducatifs et sanitaires, pour optimiser les moyens et répondre à la pénurie d’interprètes en LSF.
  5. Soutenir les programmes de mentorat numérique intergénérationnel : Pour accompagner les seniors (souvent plus touchés par la surdité) dans leurs usages du numérique, parfois source d’isolement.

Prendre part à la transformation numérique inclusive

L’inclusion numérique n’est pas un luxe pour la société valaisanne, ni un simple bénéfice pour quelques-uns : il s’agit d’un droit, reconnu par la Loi suisse sur l’égalité pour les handicapés (LHand) et soutenu par l’évolution de la législation européenne. Elle touche directement des milliers de personnes en Valais : enfants, seniors, parents actifs, professionnels, usagers citoyens.

Améliorer l’accessibilité et la diversité des offres numériques, former les acteurs de terrain, reconnaître l’expertise des associations et témoigner de la volonté politique sont les clés d’un Valais numérique ouvert à chacun. Chaque adaptation, si petite soit-elle, est un pas vers plus d’équité et de liberté pour tous.

Tous, services publics comme entreprises, collectivités ou particuliers, avons la possibilité – et la responsabilité – de participer à cette évolution. L’inclusion numérique, c’est ouvrir la société de demain à toutes les différences, pour que chacun puisse y trouver sa place et y exercer pleinement ses droits.

Ressources utiles pour aller plus loin :

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