Élargir l’accès au numérique : des pistes concrètes pour les entreprises locales

09/11/2025

Accessibilité numérique : un enjeu majeur pour tous

L’accessibilité numérique n’est plus une option. C’est une obligation légale dans de nombreux pays, mais surtout une nécessité : 15% de la population mondiale vit avec une forme de handicap (Organisation mondiale de la santé, 2023). Pour les entreprises valaisannes, proposer des plateformes numériques adaptées signifie permettre l’accès à leurs services à un public élargi, améliorer leur image et se conformer à la législation. Mais comment faire concrètement ? Par où commencer ?

Quels sont les principaux obstacles rencontrés sur les plateformes numériques ?

Les sites Internet, applications ou portails en ligne posent encore aujourd’hui de nombreuses difficultés aux personnes sourdes, malentendantes, ou ayant un autre handicap sensoriel ou moteur. Selon une étude WebAIM de 2023, plus de 96% des pages web contiennent au moins une faille d’accessibilité détectable (WebAIM Million report). Voici les problèmes les plus courants :

  • Absence de sous-titres ou transcription pour les contenus vidéos ou audio.
  • Navigation complexe ou non linéaire, posant problème à l’utilisation d’un lecteur d’écran ou de la navigation clavier.
  • Contrastes de couleurs insuffisants et textes trop petits, rendant la lecture difficile.
  • Images non décrites (absence d’attribut ALT pertinent), empêchant la compréhension de l’information visuelle.
  • Formulaires peu clairs : erreurs non identifiables, absence de labels ou d’alertes visuelles et sonores adaptées.

Pour les personnes sourdes, les vidéos sans sous-titres ou les informations uniquement données par audio représentent un frein non négligeable. Mais tous ces obstacles impactent aussi d’autres publics : seniors, personnes en situation temporaire de handicap (entorse, bras dans le plâtre), etc.

Comment appliquer les normes et recommandations ?

Il existe des référentiels précis pour aider les entreprises à s’y retrouver. La norme internationale la plus connue est le WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) éditée par le World Wide Web Consortium (W3C). Depuis 2023, la version WCAG 2.2 est la plus avancée, avec de nouveaux critères pour améliorer la navigation, garantir la lisibilité des textes et systèmes de formulaires, etc.

  • WCAG se base sur quatre principes : Perceptible, Utilisable, Compréhensible, Robuste.
  • Il existe trois niveaux de conformité : A, AA (couramment exigé en Europe), et AAA.

En Suisse, la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand) prévoit l’égalité d’accès à l’information (y compris numérique) pour tous (Législation suisse).

Des solutions concrètes pour rendre les plateformes accessibles

1. Faciliter l’information visuelle : sous-titres, textes, alternatives

  • Sous-titrage systématique des vidéos : Intégrer des sous-titres synchronisés permet non seulement l’accès aux personnes sourdes et malentendantes, mais profite aussi à ceux qui consultent sans le son (dans les transports, au travail, etc.). Il existe des outils gratuits comme Amara ou les services automatiques de YouTube, mais une relecture humaine améliore la qualité.
  • Transcription des contenus audio : Proposer à côté de chaque podcast, message vocal ou contenu audio une version texte.
  • Descriptions alternatives (ALT) pour les images : Chaque image transmise une information essentielle doit avoir un texte alternatif synthétique et pertinent.

2. Rendre la navigation claire et logique

  • Menues simplifiés, accessibles au clavier (sans souris) : Les éléments doivent se suivre dans le bon ordre, et être utilisables via Tabulation.
  • Plan du site et structure cohérente avec balises HTML trimestrées (balises h1, h2, h3, etc.), permettant aux outils d’assistance de guider les utilisateurs.
  • Lien d’accès rapide (skip to content) en haut des pages pour passer directement au contenu principal.

3. Attention au design visuel : contraste, taille, couleur

  • Contraste élevé entre texte et fond (au moins 4.5:1 recommandé pour le niveau AA WCAG)
  • Taille de police adaptable : Tous les textes doivent pouvoir être agrandis jusqu’à 200% sans perte de lisibilité.
  • Indépendance à la couleur : Ne jamais réserver une information ou une alerte à la seule couleur (ex : utiliser aussi un pictogramme ou un message explicite).

4. Accessibilité des formulaires

  • Champs bien étiquetés avec des instructions claires.
  • Indication d’erreur explicite en cas de champ mal rempli, et suggestion pour corriger.
  • Support de la navigation clavier intégral.

À titre d’exemple, une étude de Deque Systems (2022) souligne que plus de 70% des utilisateurs de lecteurs d’écran abandonnent un formulaire en ligne dès le premier obstacle non résolu.

5. Penser mobile et accessibilité universelle

  • Design responsive : la navigation doit rester fluide sur téléphone, tablette ou ordinateur.
  • Boutons et liens larges : ils sont plus faciles à activer pour tout le monde, y compris les personnes à mobilité réduite.

En Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique, plus de 90% des 16-64 ans accèdent à Internet principalement via leur smartphone (2023). Oublier le mobile, c’est donc exclure beaucoup de monde.

Comment impliquer et sensibiliser ses équipes ?

L’accessibilité numérique est un travail d’équipe. Il ne s’agit pas seulement d’une intervention technique ponctuelle, mais d’un engagement à intégrer l’accessibilité dans toutes les étapes d’un projet.

  1. Former et sensibiliser : Initier ses collaborateurs, ses partenaires et ses prestataires aux enjeux de l’accessibilité. Il existe de nombreux webinaires gratuits, par exemple ceux de accessibility.swiss, ou des guides pratiques sur le site du W3C.
  2. Impliquer des personnes concernées : Faire tester sa plateforme par des personnes sourdes, malentendantes, ou utilisant des solutions d’aide (lecteurs d’écran, logiciels de sous-titrage, etc.). Les retours directs sont souvent bien plus parlants que les audits automatisés.
  3. Travailler avec des experts : Consulter ponctuellement ou recruter un spécialiste de l’accessibilité peut éviter bien des erreurs de conception et assurer un suivi fiable.

L’accessibilité, un investissement qui rapporte à tous

Investir dans l’accessibilité n’est pas qu’un « coût », c’est aussi une opportunité. Selon le rapport de l’Institut international de l’accessibilité numérique, les sites accessibles voient leur audience augmenter de 20 à 30%, et le taux de satisfaction client grimper en flèche.

  • Un site accessible bénéficie à tous : par exemple, la navigation facile, les textes clairs et une structure logique aident aussi les personnes âgées, les personnes non francophones, ou celles dans des environnements bruyants.
  • Les moteurs de recherche comme Google valorisent les sites accessibles dans leurs résultats.
  • Les entreprises respectant l’accessibilité s’ouvrent à de nouveaux clients, fidélisent et cultivent une réputation plus forte.

Les grands succès de plateformes accessibles (telles que le site de la ville de Lausanne, labélisé e-accessible, ou la startup Able Human Motion en Espagne) montrent que des entreprises, même locales ou petites, peuvent réussir ce défi avec des moyens raisonnables (Ecosia).

Pour aller plus loin : ressources utiles et outils concrets

  • Checklist WCAG en français : RGAA
  • Testeur d’accessibilité automatisé gratuit : Wave - WebAIM
  • Guide vidéo Suisse : easier.ch
  • Ateliers de sensibilisation à l’accessibilité numérique (Valais) : contacter Fragilité Valais.

Chacun peut agir, à son rythme. Il n’est pas nécessaire d’être expert pour initier une démarche d’accessibilité et améliorer l’existant. Il suffit parfois de petits ajustements pour ouvrir grand les portes du digital à tous, renforcer l’inclusion locale et donner l’exemple autour de soi.

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