Améliorer l’accessibilité : le défi du sous-titrage en direct à la télévision suisse

20/01/2026

La télévision, un vecteur d’intégration : pourquoi le sous-titrage en direct est essentiel

La télévision occupe encore aujourd’hui une place centrale dans l’accès à l’information, à la culture et aux divertissements. Pour près d’un million de personnes sourdes ou malentendantes en Suisse (source : Fédération suisse des sourds), l’accessibilité de ce média est cruciale. Le sous-titrage en direct permet non seulement de suivre les actualités, mais aussi de participer pleinement à la vie citoyenne, de s’informer sur les événements majeurs ou tout simplement de profiter d’un film ou d’une émission.

Depuis plusieurs années, les chaînes suisses investissent dans le développement du sous-titrage en direct, répondant à une demande croissante des téléspectateurs ainsi qu’aux exigences légales fédérales visant l’inclusion. Comment ce service a-t-il évolué, sur quels outils s’appuie-t-il, et quels sont les défis encore à relever ?

Un cadre légal et une volonté nationale d’inclusion

La Suisse a posé un cadre législatif clair en matière d’accessibilité audiovisuelle. La loi sur la radio et la télévision (LRTV) impose progressivement aux chaînes publiques et privées d’offrir un service de sous-titrage toujours plus complet (« au moins 80% des programmes principaux » pour la SSR/SRG dès 2022, selon la OFCOM). La SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) s’est engagée à atteindre 100% de sous-titrage sur ses chaînes principales (RTS, SRF, RSI) pour les tranches horaires clés : prime time, journaux télévisés, débats politiques, émissions de service public.

  • En 2022, RTS (télévision suisse romande) annonce couvrir 95% de ses programmes phares en sous-titres (RTS Info).
  • La part du sous-titrage en direct a doublé sur SRF (télévision suisse alémanique) entre 2015 et 2021.
  • La chaîne italophone RSI a augmenté la disponibilité de ses programmes sous-titrés, atteignant près de 90% pour l’information en 2023.

Ce cadre légal est renforcé par la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la Suisse, qui consacre l’égalité d’accès à l’information (article 30).

Qu’est-ce que le sous-titrage en direct ? Technologies, méthodes et métiers

Contrairement aux sous-titres préparés longtemps à l’avance pour les films et séries, le sous-titrage en direct (ou « sous-titrage en temps réel ») concerne les émissions en direct : journaux, débats, résultats sportifs, événements spéciaux. Offrir des sous-titres fiables, synchronisés et lisibles dans ces conditions est un défi technique et humain.

Les principales techniques utilisées :

  • La vélotypie : les vélotypistes utilisent un clavier spécifique permettant de saisir plus de 200 mots par minute. Leur texte est ensuite relu, corrigé et diffusé quelques secondes plus tard à l’écran. RTS et RSI s’appuient particulièrement sur ce procédé, qui requiert une formation et une grande maîtrise linguistique.
  • Le respeaking : un interprète écoute l’émission dans un casque et répète tout, de manière claire, dans un micro relié à un logiciel de reconnaissance vocale adapté à sa voix. Le logiciel transcrit alors en direct ce qui est dit ; une personne relit et finalise l’affichage à l’écran. Cette méthode, très utilisée à la SRF et dans d’autres pays (exemple : BBC au Royaume-Uni), permet d’augmenter la quantité d’émissions sous-titrées, mais demande des relecteurs attentifs.
  • L’intelligence artificielle (IA) et la reconnaissance vocale automatisée : ces technologies deviennent incontournables. En Suisse, la SSR expérimente des solutions hybrides humain-IA, pour les contenus à grand débit, notamment lors d’événements sportifs ou politiques. Les machines progressent, mais la « correction humaine » reste aujourd’hui indispensable, notamment pour éviter les contresens, respecter les noms propres et gérer les accents régionaux.

Autour de ces techniques, il existe tout un écosystème : vélotypistes, interprètes-respeakers, relecteurs, ingénieurs du son, techniciens de diffusion travaillent ensemble pour garantir la qualité et la fiabilité des sous-titres en direct.

Chiffres clés : la progression du sous-titrage en Suisse

  • En 2010, moins de 50% des programmes principaux étaient accessibles en direct avec sous-titres sur la RTS.
  • Aujourd’hui (2024), ce chiffre dépasse 93% pour les JT et les événements majeurs selon la RTS.
  • En 2022, la SRF annonce près de 30’000 heures de sous-titrage produit chaque année pour l’ensemble de ses programmes (source : SRF).
  • Plus de 98% des débats politiques nationaux sont aujourd’hui sous-titrés en direct, selon l’OFCOM.
  • Un téléspectateur sur sept déclare utiliser le sous-titrage, dont la moitié sans trouble d’audition, notamment dans les environnements bruyants (étude SSR 2021).

Défis techniques et humains : garantir l’exactitude et la pertinence

Malgré les progrès, plusieurs défis majeurs demeurent :

  • Synchronisation : il arrive que les sous-titres apparaissent avec quelques secondes de retard, surtout lors de dialogues très rapides ou d’événements imprévus.
  • Fautes et approximations : même avec la relecture humaine et l’IA, certains propos techniques ou les jeux de mots sont difficiles à retranscrire fidèlement.
  • Formations spécialisées : devenir vélotypiste ou respeaker requiert une formation longue (parfois plusieurs années), et le recrutement n’est pas évident, d’autant plus que la maîtrise du français, de l’allemand ou de l’italien doit être irréprochable.
  • Variété des accents et langues : la Suisse est multilingue, et le sous-titrage doit s’adapter à chaque région, ce qui implique de nombreux relais locaux et une adaptation continue.

Certaines solutions émergent : déploiement de bases de données de noms propres, amélioration des algorithmes IA, entraînement de l’audio sur les spécificités suisses, recrutement et formation en continu.

Accessibilité au quotidien : où et comment activer les sous-titres en Suisse ?

Sur toutes les chaînes publiques (RTS, SRF, RSI), les sous-titres en direct sont disponibles gratuitement, en activant la fonction « STTL » ou « TXT » via la télécommande (souvent page 777 du télétexte). Les box TV des opérateurs suisses (Swisscom TV, UPC, Sunrise) proposent également l’activation des sous-titres en un clic, et la SSR généralise le sous-titrage sur ses plateformes de streaming (Play Suisse, RTS Play, etc.).

  • La plupart des émissions d’actualités, de magazines de société, de débats, de sport et des grandes soirées sont sous-titrées en direct.
  • Le replay intègre désormais systématiquement les sous-titres (à consulter dans les options d’accessibilité).
  • Des essais pilotes sont menés sur les podcasts vidéo et la VOD, avec des sous-titres automatiques contrôlés par une équipe dédiée.

Ce service bénéficie également aux personnes âgées, ou en situation temporaire de perte d’audition, qui représentent une part croissante des usagers en Suisse.

Perspectives et innovations : demain, un sous-titrage encore plus universel ?

Les prochaines étapes porteront sur l’accélération de l’intelligence artificielle et de la synthèse vocale multilingue. Les chaînes investissent dans des algorithmes suisses capables de gérer diverses variantes d’accent et d’assurer la fiabilité sur des sujets très techniques ou rapides, comme les débats ou émissions sportives.

  • La SSR expérimente avec l’EPFL et l’IDIAP de Martigny des solutions d’IA adaptative, capables d’apprendre en continu de leurs erreurs (source : Idiap Research Group).
  • Les projets pilotes incluent aussi une collaboration avec l’association Cap’Handi, pour tester l’implication directe de personnes sourdes dans l’amélioration des contenus sous-titrés.
  • Un projet européen, « Easysub », associe des chaînes helvétiques dans la création de bases de données multilingues accessibles pour tous les diffuseurs publics.

L’engagement reste également citoyen : la SSR consulte régulièrement les associations de personnes sourdes pour adapter son offre, recueillir les retours et innover en fonction des véritables besoins.

Le sous-titrage en direct en Suisse est aujourd’hui parmi les plus performants d’Europe, mais l’effort se poursuit : l’idée est de proposer une télévision réellement inclusive, où chacun, quelle que soit sa surdité ou sa maîtrise de la langue orale, puisse participer et s’informer sans obstacle. L’avenir est prometteur : entre l’humain et la technologie, la télévision suisse construit chaque jour une société plus accessible, un mot à la fois.

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