Traduire la langue des signes en Suisse romande : les applications qui facilitent vraiment la communication

24/11/2025

Accès à la communication : un défi quotidien, des outils essentiels

Dans notre région, près de 8 000 personnes vivent avec une surdité profonde, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Pour ces personnes, les barrières de la communication restent nombreuses, même si la sensibilisation progresse et que l’accessibilité fait partie des priorités de la Confédération. Les applications de traduction en langue des signes peuvent jouer un rôle majeur, tant pour la vie quotidienne que pour l’inclusion sociale et professionnelle. Mais toutes ne se valent pas, et certaines répondent mieux aux besoins spécifiques de la Suisse romande.

Cet article propose un panorama précis et à jour des solutions existantes, mais aussi des critères pour bien choisir, et des conseils pratiques pour tous ceux qui s’engagent vers une communication plus ouverte, accessible et respectueuse de la communauté sourde.

La réalité de la langue des signes en Suisse romande

Avant d’examiner les applications, il faut rappeler un point crucial : il existe plusieurs langues des signes, régionales et nationales. En Suisse romande, la Langue des Signes Française de Suisse Romande (LSF-SR) est la plus utilisée. Elle se distingue de la LSF de France par des variations linguistiques et culturelles, reconnues notamment par la Fédération Suisse des Sourds (SGB-FSS).

Un outil fiable doit donc comprendre ces différences et proposer, si possible, un support spécifique à la LSF-SR. Beaucoup d’applications internationales proposent la LSF ou d’autres langues (American Sign Language – ASL, British Sign Language – BSL…), mais ne sont pas toujours adaptées à la diversité locale.

Les critères d’une application efficace en Suisse romande

  • Compatibilité linguistique : l’application doit proposer la LSF-SR ou à défaut la LSF, sinon elle risque de créer des confusions.
  • Fiabilité des traductions : La qualité est très variable. Les meilleures solutions s’appuient sur des bases vidéo robustes réalisées par des locuteurs natifs sourds.
  • Facilité d’utilisation : Navigation intuitive, options d’accessibilité, vitesse de traduction et affichage vidéo sont essentiels.
  • Mises à jour régulières : Les langues évoluent. Les applications les plus fiables intègrent fréquemment de nouveaux signes, selon les recommandations d’associations locales.
  • Aspect collaboratif : Certaines solutions encouragent la contribution des usagers sourds – un gage d’authenticité.
  • Respect des données personnelles : C’est particulièrement important pour les applications utilisant l’audio ou la vidéo.

Les applications majeures : forces, limites et retours d’expérience

Spread the Sign

  • Description : Une des plus grandes bases européennes de vidéos en langue des signes, couvrant plus de 40 langues et variantes régionales.
  • Points forts :
    • Inclut la LSF de France avec plusieurs milliers de mots signés en vidéo.
    • Gratuite, interface en français, site web spreadthesign.com et applis mobiles.
  • Limites :
    • Ne propose pas (pour l’instant) la LSF-SR spécifique.
    • Quelques différences lexicales à connaître pour un usage en Suisse romande.
  • Retours : Très utilisée par les enseignants spécialisés et les familles avec des enfants sourds. Appréciée pour sa richesse vidéo, moins pour sa capacité à traduire des phrases complètes (traduction mot à mot uniquement).

Signesuisse

  • Description : Application et dictionnaire en ligne développé par Pro Infirmis (signesuisse.ch), axé sur la réalité linguistique suisse.
  • Points forts :
    • Recense la LSF-SR pour la Suisse romande, mais aussi la langue des signes suisse alémanique et tessinoise.
    • Vidéo-super-qualité avec des exemples issus du quotidien local (signalétiques, objets, institutions).
  • Limites :
    • Dictionnaire et non système de traduction automatique de phrases ; nécessite de connaître la structure en LSF-SR.
    • Application uniquement sur iOS, mais version web accessible à tous.
  • Retours : Plébiscité par les professionnels suisses (orthophonistes, enseignants, traducteurs). Des contenus validés par la communauté sourde.

Hand Talk

  • Description : Application brésilienne basée sur l’intelligence artificielle, capable de traduire du texte/vocal en langue des signes (principalement Libras et ASL).
  • Points forts :
    • Fonctions avancées, intelligence artificielle, interface ergonomique.
    • Gratuit (avec achats intégrés pour certaines extensions), multi-plateformes.
  • Limites :
    • Pas de LSF ni LSF-SR, donc peu pertinent pour la Suisse romande à ce jour.
    • Moins adapté au contexte européen.
  • Retours : Intéressant pour la recherche et l’innovation, mais inadapté aux besoins pratiques locaux.

Lingvano

  • Description : Application d’apprentissage et dictionnaire de LSF, orientée vers une approche ludique et progressive.
  • Points forts :
    • Cours interactifs, vidéos d’expressions du quotidien.
    • Conçue pour les francophones (couvre la LSF de France).
  • Limites :
    • Pas de support dédié à la LSF-SR.
  • Retours : Appréciée pour l’auto-apprentissage et les proches entendants. Les utilisateurs en Suisse romande notent les écarts linguistiques, mais la base est solide pour les débuts.

RogerVoice

  • Description : Focus sur la transcription instantanée des appels téléphoniques (voix en texte), non des signes, mais citée car elle facilite l’accessibilité pour les sourds en Suisse.
  • Points forts :
    • Compatible en Suisse, gratuite pour les appels vers les organismes publics.
  • Limites :
    • Ne traduit pas en LSF, mais améliore radicalement la communication téléphonique.
  • Retours : Essentielle dans la vie pro, pour prendre RDV médical ou administratif quand un traducteur en LSF n’est pas disponible (source : CAP Contact).

Solutions émergentes et projets helvétiques publics

En 2023, la Haute école spécialisée bernoise a lancé un projet pilote pour développer une application de traduction automatique de la LSF-SR à partir de la reconnaissance gestuelle. Si les prototypes sont prometteurs, leur utilisation publique n’est pas encore effective (BFH).

La Fédération Suisse des Sourds encourage également l’intégration de banques de vidéos locales dans de nombreux projets, souvent en partenariat avec la RTS (par exemple pour les JT signés) ou les musées, mais il s’agit d’initiatives ciblées et non d’applications mobiles autonomes.

Pour aller plus loin : usages et conseils pratiques

  • Pour une communication efficace : Utiliser Signesuisse pour les échanges du quotidien en Suisse romande, en complément de Spread the Sign pour élargir le vocabulaire ou communiquer avec des interlocuteurs extérieurs.
  • Pour l’apprentissage : Les applications comme Lingvano ou Spread the Sign conviennent aux personnes qui débutent ou qui souhaitent se perfectionner.
  • Sensibilisation dans les écoles : Pro Infirmis propose des ateliers, et les vidéos de la RTS en LSF sont d’excellents supports pour un apprentissage en contexte suisse.
  • Traduction instantanée : Il n’existe pas à ce jour d’application permettant une traduction automatique fiable et instantanée de la parole à la LSF-SR (mot à mot oui, conversationnel non), contrairement à ce qui existe pour certaines langues majeures.
  • Accessibilité téléphonique : RogerVoice est conseillé pour les démarches où une conversation orale ou écrite simplifiée suffit.

Vers une accessibilité toujours plus large : perspectives régionales

Face à la demande croissante de solutions adaptées à la LSF-SR, plusieurs associations suisses (dont S5 S5) militent pour la création d’outils collaboratifs et l'intégration de technologies suisses dans les offres internationales. La Suisse romande reste à la pointe en matière d’innovation linguistique, grâce à la synergie entre associations, chercheurs, familles et entreprises.

Pour progresser, l’implication de chacun compte : signaler les besoins non couverts, participer aux tests d’applications, encourager les services publics à référencer les meilleures solutions et, surtout, soutenir la création de contenus spécifiquement romands.

La technologie ouvre des portes, mais rien ne remplace l’engagement humain et l’écoute de celles et ceux qui vivent la surdité au quotidien. Les applications sont des outils – elles doivent rester à notre service, toujours au plus proche des réalités de terrain.

Pour tester ou signaler une nouvelle solution : rapprochez-vous des associations locales ou partagez vos retours sur Solidarité Sourds Valais. C’est ensemble que l’inclusion avance, signe après signe !

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