Accès au numérique pour les personnes sourdes et malentendantes : Comment progresser en Valais ?

13/11/2025

Pourquoi l’accessibilité numérique est-elle essentielle pour les sourds et malentendants ?

Le numérique occupe une place centrale dans la vie quotidienne : démarches administratives, consultations médicales en ligne, enseignement à distance, réseaux sociaux, actualités… Tout passe désormais par Internet. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, le numérique représente un formidable levier d’inclusion — à condition qu’il soit vraiment accessible. Pourtant, selon la Fédération Suisse des Sourds (SGB-FSS), plus de 10’000 personnes en Valais sont directement concernées par la surdité ou une déficience auditive significative, et ce chiffre progresse avec le vieillissement de la population (source : SGB-FSS, 2022).

Si l’accessibilité numérique est négligée, c’est l’exclusion qui guette. Difficultés à comprendre une vidéo sans sous-titres, impossibilité d’utiliser un service en ligne sans transcription, absence d’informations en langue des signes : les obstacles sont multiples. Pourtant, chaque progrès dans ce domaine a un effet concret sur l’autonomie et la participation des personnes sourdes et malentendantes à la société valaisanne.

Un cadre légal qui pose les bases, mais qui demande à être renforcé

La Suisse dispose d’un cadre législatif avec la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand), qui impose des mesures pour garantir l’accès à l’information et aux services numériques. L’article 14 de la LHand stipule que les prestations des collectivités publiques doivent être accessibles, y compris par des moyens numériques adaptés (source : admin.ch).

En mars 2023, le Conseil fédéral a rappelé l’importance de rendre les sites web officiels accessibles (communiqué OFAS). Pourtant, dans les faits, de nombreux sites de collectivités locales ou d’institutions en Valais restent encore peu accessibles. L’Office fédéral de la communication souligne aussi que la majorité des services en ligne ne respectent pas encore totalement les standards d’accessibilité du Web, comme le référentiel international WCAG. Ces normes recommandent notamment :

  • Des textes faciles à comprendre (langage clair, structuration logique)
  • Des alternatives aux contenus audio (sous-titrage, transcription)
  • Un design compatible avec les aides techniques (lecteurs d’écran, dispositifs de lecture labiale virtuelle)

Malgré ces exigences, la mise en œuvre concrète reste inégale et des efforts supplémentaires sont nécessaires à tous les niveaux du tissu valaisan.

Les principaux obstacles à l’accessibilité numérique pour les sourds et malentendants

  • Absence ou manque de sous-titrage : selon la SSR, seulement 75 % des programmes diffusés à la télévision suisse sont entièrement sous-titrés, et bien moins sur les plateformes régionales ou chez les producteurs indépendants.
  • Aucune ou faible présence de la langue des signes : rares sont les vidéos institutionnelles, administratives ou d’information grand public qui proposent une traduction en langue des signes.
  • Textes trop complexes : beaucoup de contenus officiels sont rédigés dans un langage administratif difficile à comprendre pour tous, encore plus pour ceux dont la langue première est la langue des signes.
  • Difficultés dans l’utilisation des interfaces : certains sites nécessitent des appels audio pour vérifier une identité ou accéder à un service, ce qui exclut de facto les usagers qui n’entendent pas, ou peu.
  • Barrières technologiques : méconnaissance des outils d’accessibilité, absence de formations spécifiques pour les acteurs numériques, manque d’accompagnement technique.

Des solutions concrètes pour un numérique inclusif en Valais

Sous-titrage systématique et de qualité

L’ajout de sous-titres sur toutes les vidéos institutionnelles, administratives, éducatives ou informatives constitue une avancée majeure. Plusieurs études montrent que 80 % des personnes sourdes et malentendantes en Suisse déclarent renoncer à certaines informations à cause de l’absence de sous-titres (source : Pro Audito Suisse, 2021). Il ne s’agit pas seulement de retranscrire : il faut veiller à la synchronisation et à la fidélité du message.

  • Utiliser des plateformes automatiques comme YouTube ou Otter.ai, tout en corrigeant manuellement les erreurs fréquentes.
  • Promouvoir la formation des communicateurs locaux — collectivités, entreprises valaisannes — à la création de sous-titres clairs et fidèles à l’original.
  • Inciter tous les événements publics majeurs (conférences, festivals, réunions d’information) à intégrer un sous-titrage en direct, via la vélotypie (transcription en temps réel) ou des systèmes automatisés de qualité.

Langue des signes : aller plus loin dans l’intégration

La langue des signes suisse romande (LSSR) est la première langue d’une part importante de la communauté sourde en Valais. Pourtant, elle reste trop peu présente dans l’espace numérique local. D’après la FSS, moins de 5 % des sites publics proposent aujourd’hui une page d’accueil ou des informations-clés dans une version signée.

  • Traduire les messages essentiels (avis d’alerte, directives de santé, explications administratives) en LSSR via de courtes vidéos intégrées sur les sites et réseaux sociaux.
  • Former les communicants publics à intégrer systématiquement la LSSR dans leurs campagnes d’information.
  • Développer, avec les associations locales, une base de données de ressources valaisannes accessibles en langue des signes.

Des textes et interfaces plus lisibles pour tous

La simplicité profite à chacun, quelle que soit sa situation. Proposer des versions en langage facile à lire et à comprendre (FALC), adopter une structure logique (titres clairs, paragraphes courts), ajouter des pictogrammes, permet de toucher un public beaucoup plus large – y compris les personnes malentendantes ou récemment implantées.

  • Utiliser des mots simples, des phrases courtes, des explications étape par étape
  • Prévoir des “résumés visuels” pour les démarches importantes (ex : schémas, vidéos explicatives en LSSR)
  • Concevoir des formulaires et interfaces accessibles, testés par des personnes concernées

Outils numériques et innovations à soutenir localement

  1. Applications d’accessibilité : Apps comme Ava, RogerVoice ou Google Live Transcribe permettent la transcription en temps réel des conversations, rendant possible la participation à des réunions ou appels.
  2. Automatisation des traductions en langue des signes : Des outils émergent, comme SignTime (FSS et UBS), qui facilitent les rendez-vous en langue des signes à distance.
  3. Technologies de sous-titrage automatique augmenté : La SSR expérimente des solutions IA capables de sous-titrer en direct les émissions locales et régionales, un pas prometteur pour les futurs événements publics.

Agir ensemble pour améliorer l’accessibilité en Valais : Leviers et initiatives locales

Former, informer et sensibiliser les décideurs publics et privés

Les collectivités valaisannes, mais aussi les grandes entreprises (transports, banques, santé, culture) doivent intégrer la problématique sourde dans leurs schémas numériques. Cela passe par une meilleure formation, un dialogue systématique avec les associations de personnes concernées, et la désignation de référents «accessibilité numérique».

  • Organiser des audits d’accessibilité en collaboration avec les associations locales (ex : Pro Audito Valais, FSS Secteur Suisse Romande)
  • Mettre à disposition des guides pratiques et des points de contact pour les structures publiques et privées

Un réseau local d’entraide et d’expertise : la force des associations

Des associations comme Pro Audito Valais ou la section romande de la Fédération Suisse des Sourds jouent un rôle clé dans la veille et la formation. Leur implication dans les projets numériques garantit une prise en compte des besoins réels. Plusieurs écoles et institutions valaisannes collaborent déjà pour créer des capsules vidéo explicatives et des tutoriels accessibles à tous.

  • Encourager le partage d’expériences et de bonnes pratiques locales, par exemple via les réseaux sociaux ou des forums communautaires
  • Faire remonter régulièrement les dysfonctionnements auprès des institutions pour accélérer les corrections

Levier politique : faire évoluer la législation et les pratiques

Le canton du Valais peut jouer un rôle moteur, notamment en conditionnant l’octroi de fonds publics à l’accessibilité des contenus numériques, ou en fixant un calendrier pour la mise en conformité des principaux sites et services avec les normes WCAG 2.1.

  • Inscrire l’accessibilité numérique à l’ordre du jour des politiques publiques régionales
  • Lancer des appels à projets pour soutenir l’innovation numérique inclusive

Vision pour un Valais numérique inclusif : garder le cap et s’inspirer

Dans le sillage de grandes villes et régions pionnières, le Valais a tout à gagner à placer l’accessibilité numérique au cœur de ses priorités. Les expériences menées à Genève (“Ville amie des handicapés”), l’engagement de la RTS à sous-titrer prés de 100 % de ses émissions, ou encore les innovations citoyennes dans le canton de Vaud montrent que des progrès rapides sont possibles : plus de 90 % de satisfaction parmi les usagers sourds selon RTS Access (2022).

L’amélioration de l’accessibilité numérique pour les personnes sourdes et malentendantes n’est pas qu’un enjeu technique : c’est le signal d’une société inclusive, où chacun peut s’informer, apprendre, agir et participer pleinement. En Valais, les solutions sont là : il s’agit désormais de les mettre en œuvre, ensemble, dans une dynamique de solidarité et d’innovation au service de tous.

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