Accès numérique en santé : Placer l’accessibilité au cœur des hôpitaux valaisans

29/10/2025

Pourquoi l’accessibilité numérique en santé est cruciale en Valais

L’accès à la santé passe, aujourd’hui plus que jamais, par les outils numériques. Formulaires, prises de rendez-vous, résultats de laboratoire, dossiers médicaux électroniques : l’essentiel se déroule désormais en ligne. Pourtant, ces services restent difficilement accessibles pour de nombreuses personnes sourdes ou malentendantes, mais aussi pour d’autres publics (personnes âgées, allophones, personnes avec déficience cognitive).

En Suisse, environ un adulte sur six souffre d’une perte auditive (source : Swiss Hear). Cela représente plusieurs milliers de Valaisannes et Valaisans concernés par les barrières à la communication, en particulier dans le secteur de la santé — un domaine où l’accès à l’information peut avoir des conséquences vitales.

L’accessibilité numérique n’est pas seulement une question de confort : c’est une question de droits. La Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand) impose l’accès sans discrimination aux services publics et privés, y compris ceux hospitaliers et médicaux (source : Office fédéral de la justice).

Une réalité : obstacles et conséquences pour les personnes sourdes ou malentendantes

  • Sites web peu adaptés: Beaucoup de sites hospitaliers ne respectent pas les normes d’accessibilité numérique (WCAG) : absence de transcription, documents PDF non lisibles, navigation difficile sans souris.
  • Absence de vidéos ou de traduction en langue des signes: Informations médicales, explications de procédures ou contacts d’urgence rarement disponibles en langue des signes suisse romande (LSF/LSR).
  • Manque d’interfaces visuelles intuitives: Peu de pictogrammes, d’explications simplifiées, d’outils de TTR (Transcription en Temps Réel) ou de chatbot accessibles.
  • Rez-de-chaussée numérique non accessible : Les portails patient, applications de télémédecine, et même certains QR codes affichés dans les hôpitaux posent encore problème à une partie du public sourd en Valais.

Un rapport du World Wide Web Consortium (W3C) estimait en 2022 que moins de 5% des sites de santé européens étaient pleinement accessibles à tous les profils de handicap (source).

Conséquences directes :

  • Renoncement aux soins ou retards de prise en charge (par peur de ne pas comprendre ou de mal communiquer)
  • Mauvaises compréhensions des consignes médicales ou erreurs lors de la prise de médicaments
  • Isolement social ou anxiété accrus lors de situations médicales d’urgence

Des exemples concrets d’accessibilité numérique à développer

Certaines initiatives en Suisse et à l’étranger montrent la voie vers une accessibilité réussie :

  • Traduction automatique en LSF/LSR : L'Université de Genève expérimente une plateforme qui traduit les rendez-vous et consignes médicales en langue des signes par avatars (Université de Genève).
  • Sous-titrage automatique sur portails patients : L’hôpital universitaire de Zurich a intégré un système de sous-titrage et de transcription en temps réel lors des téléconsultations.
  • Formulaires audio et visuels simplifiés : À Lausanne, certains services de santé municipaux proposent de choisir entre écriture simple, fichier audio, vidéo LSF/LSR, et chat en ligne guidé.
  • Lignes directes par SMS ou applications : Selon Pro Audito, 70% des jeunes sourds préfèrent communiquer par SMS avec les services hospitaliers (Pro Audito).

Chaque solution numérique implantée, même modeste, contribue à l’inclusion. En Valais, plusieurs associations (notamment la Fédération Suisse des Sourds et le Service de la Santé Publique du canton) rappellent l’importance d’impliquer les personnes concernées dans le développement de ces outils.

Mettre en place une accessibilité numérique : par où commencer ?

1. L’audit de l’existant

  • Réaliser une analyse de l’accessibilité des sites web de chaque hôpital et des portails patients selon la norme WCAG 2.1 (Web Content Accessibility Guidelines).
  • Identifier les points noirs : absence de textes alternatifs, structure des pages confuse, vidéos sans sous-titres, PDF inaccessibles, etc.
  • Associer à cette étape des usagers sourds ou avec handicap auditif afin d’évaluer la réalité du terrain.

2. Les solutions techniques simples et efficaces

  • Sous-titrage automatique de toutes les vidéos (présentation de l’hôpital, explications médicales, tutoriels) : des outils comme Amara, ou les services de sous-titrage de YouTube, facilitent ce travail.
  • Traduction d’une rubrique clé en langue des signes suisse romande, au moins pour l’accès, les urgences, et les informations Covid, par exemple grâce à l’accompagnement d’associations spécialisées.
  • Mise en place de pictogrammes universels partout où c’est possible : accès, urgences, prise de rendez-vous, services spécialisés.
  • Adopter une charte “facile à lire” pour tous les contenus expliquant les démarches, les consentements et les droits des patients.
  • Chat en ligne et SMS : permettre une première prise de contact écrite avec l’hôpital, pour obtenir un rendez-vous ou demander de l’aide.

Former et sensibiliser les professionnels

La meilleure technologie reste inefficace si les équipes ne comprennent pas les enjeux ni les outils. Quelques bonnes pratiques :

  • Former au moins une personne référente dans chaque service hospitalier aux bases de l’accessibilité numérique.
  • Organiser des ateliers (avec les associations de sourds et malentendants locales) pour apprendre l’usage des outils numériques accessibles, le recours à l’interprétariat LSR/LSF à distance, ou à des applications de transcription.
  • Mettre en place des rappels réguliers sur l’importance de l’accueil inclusif et du respect des droits des patients.

Impliquer les usagers : le pouvoir des retours d’expérience

  • Création de panels de patients sourds ou malentendants pour tester les sites web, portails patients et applications mobiles, en leur donnant un vrai pouvoir de validation.
  • Mise en place de questionnaires d’évaluation de l’accessibilité après chaque passage à l’hôpital ou utilisation d’un service en ligne.
  • Collaboration directe avec les associations valaisannes de personnes sourdes pour tester toute nouveauté numérique avant son lancement public.

L’amélioration continue repose sur ces retours : c’est la meilleure façon d’éviter les solutions “hors sol” ou les innovations jugées inutiles par les premiers concernés.

Accessibilité numérique et cadre légal : ce que dit la Suisse

La Confédération helvétique renforce chaque année les exigences en matière d’accessibilité numérique. Depuis le 1er janvier 2024, toute administration fédérale et tout prestataire de santé lié au public doit garantir la conformité WCAG 2.1 AA (LHand, art. 14a).

Des sanctions ou des pénalités financières peuvent maintenant être appliquées en cas de manquement grave.

  • Le saviez-vous ? D’après une enquête Pro Infirmis (2023), 45% des hôpitaux suisses avouent ne pas pouvoir garantir une accessibilité numérique complète pour leurs patients en situation de handicap.
  • En Valais, le Service cantonal de la Santé encourage désormais chaque grand hôpital à publier un rapport annuel sur ses progrès en matière d’accessibilité.

Vers un accueil numérique inclusif : défis et perspectives pour le Valais

L’accessibilité numérique n’est pas un “plus” ni une concession : c’est une obligation légale, mais surtout un facteur déterminant d’égalité des chances en santé. Elle bénéficie non seulement aux personnes avec handicap auditif, mais aussi à tous ceux qui font face à une difficulté temporaire ou permanente dans la navigation numérique.

  • Chacun y gagne : Un site internet ou une application mobile plus lisibles, sous-titrés et illustrés par des pictogrammes, servent aussi aux personnes âgées, allophones ou peu à l’aise avec le numérique.
  • Tous les outils existent déjà : Des solutions comme le sous-titrage, la traduction en LSF/LSR ou la transcription automatique peuvent être déployées rapidement et à coûts maîtrisés.
  • L’implication de tous est décisive : Les établissements valaisans qui impliquent patients, proches et professionnels dans la réflexion posent les bases d’un accès simplifié, rassurant et respectueux.

Le défi n’est pas technologique, mais humain et éthique. Rendre la santé numérique accessible, c’est garantir à chaque Valaisan et Valaisanne le droit fondamental de comprendre, choisir et agir pour leur santé, sans se heurter à des barrières invisibles. Les premiers pas comptent, et c’est collectivement que l’on peut bâtir un système hospitalier valaisan ouvert et inclusif, pour aujourd’hui et pour demain.

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