Accessibilité numérique : bâtir des sites web inclusifs pour les sourds et malentendants

18/12/2025

Un accès essentiel à l’ère numérique

L’accès aux sites web et services en ligne est devenu une nécessité pour tous. Pourtant, de nombreux contenus numériques restent inaccessibles à plus d’un million de personnes en Suisse présentant un trouble de l’ouïe (Office fédéral de la statistique, 2022). Cette réalité concerne autant les personnes sourdes que malentendantes, qui rencontrent encore trop d’obstacles pour s’informer, apprendre, travailler ou participer à la société. L’accessibilité numérique ne profite pas qu’aux personnes ayant des limitations : elle améliore l’expérience de tous, favorise l’innovation et est même devenue une obligation légale dans de nombreux pays (Directive européenne sur l’accessibilité du web, Swiss Disability Discrimination Act).

Quels sont les principaux obstacles rencontrés ?

Avant de chercher à améliorer un site web, il est important de comprendre ce qui bloque l’accès ou empêche un usage confortable pour une personne sourde ou malentendante :

  • Absence de sous-titres sur les vidéos ou les conférences en ligne (Webinaires, contenus d’e-learning, etc.). Selon l’ONU (2023), seulement 40% des sites d’informations vidéo en Europe proposent systématiquement du sous-titrage.
  • No man’s land du téléphone : des services clients ou formulaires qui n’intègrent ni texte, ni chat, ni Visio pour communiquer. Ne pas pouvoir téléphoner reste pour beaucoup une barrière majeure.
  • Langage trop technique ou simplifié à l’extrême : trouver un niveau de langage clair et accessible, éloigné du “tout à l’audio”, est un défi que peu de sites relèvent totalement.
  • Absence de traduction en langue des signes suisse romande (LSF/LSF-CH), notamment pour les contenus institutionnels, scolaires, ou d’urgence.
  • Navigation complexe, absence d’alternatives écrites pour l’audio ou de notifications visuelles.

Chaque obstacle réduit l’autonomie, creuse les inégalités et nuit aux droits fondamentaux. L'accessibilité est donc un enjeu de société, mais aussi un levier de performance pour les organisations.

Quelles solutions concrètes mettre en œuvre ?

1. Sous-titrer les vidéos et contenus multimédias

  • Sous-titres synchronisés : Chaque intervention audio (vidéo, podcast, visio) doit comporter des sous-titres synchronisés, qui reprennent tout le contenu oral, y compris les bruitages et effets sonores pertinents (W3C WCAG 2.1).
  • Automatiser et corriger : Les outils automatiques (YouTube, Facebook, Zoom) permettent d’avoir une première version rapide, mais il est essentiel de corriger manuellement les erreurs pour garantir la compréhension. Des tests montrent que les sous-titres automatiques présentent un taux d’erreur moyen de 20 à 35% selon la plateforme (WebAIM, 2023).
  • Embaucher ou collaborer avec des sous-titreurs professionnels, lorsque le budget le permet, notamment pour les contenus importants (informations de santé, actualités, services publics).

2. Proposer une version en langue des signes

  • Vidéos en langue des signes : Offrir, notamment pour les sites publics ou de service, un résumé important en langue des signes (LSF ou LSF-CH) via une vidéo intégrée ou en vignette.
  • Tutoriels et guides d’utilisation accessibles en langue des signes : Ces formats facilitent la prise en main des outils et renforcent la confiance des utilisateurs sourds natifs.
  • Interprètes en direct pour les webinaires ou conférences : L’ajout d’un flux vidéo “interprète” (similaire à ce que fait la RTS pour les débats majeurs) permet la participation active aux événements en ligne.

Une enquête menée par l’association suisse SGB-FSS en 2021 montre que 78% des utilisateurs sourds jugent “indispensable” la présence d’une version en langue des signes sur les sites institutionnels.

3. Multiplier les canaux de communication accessibles

  • Chat en ligne : En 2022, 62% des personnes sourdes en Suisse utilisent régulièrement le chat pour des échanges avec des administrations ou entreprises (rapport Procom, 2022).
  • Systèmes de relais téléphonique et Visio-interprétation (par exemple, Relais Suisse, Acceo, ou Sourdline) qui permettent d’accéder à un service client par écrit, via un interprète à distance, ou sur rendez-vous en visio.
  • Formulaires clairs, emails directs et absence de “téléphone obligatoire” sont également essentiels.

Chaque canal doit être simple d’accès et garantir une réponse rapide, au même titre que le téléphone pour les personnes entendantes.

4. Mettre en œuvre les bonnes pratiques du design inclusif

  • Simplicité de navigation : menus explicites, boutons clairement identifiés, repères visuels pour chaque action importante.
  • Structuration du texte : titres explicites, paragraphes courts, listes à puces, encadrés pour les messages clés afin de faciliter la lecture rapide.
  • Alertes visuelles : pour chaque message sonore (erreur, validation, alerte), prévoir une notification écrite et/ou visuelle.
  • Contraste élevé et polices lisibles : faciliter la lecture pour les personnes malentendantes âgées ou ayant une vision altérée.
  • Eviter le jargon : privilégier un langage clair, éviter les figures de style qui pourraient nuire à la compréhension écrite (cf. recommandations PlainLanguage.gov).

Accessibilité numérique : une obligation légale et un atout éthique

Rendre les sites web accessibles n’est plus un simple “plus” : depuis 2019, la plupart des administrations et de plus en plus d’entreprises privées doivent offrir une accessibilité numérique, selon la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LEHand, Suisse), la Directive européenne sur l’accessibilité du Web (2016/2102), ou encore le RGAA en France. Les normes internationales du Web Content Accessibility Guidelines (WCAG 2.1, W3C) servent de référence. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions, mais surtout, nuit à l’image et à la crédibilité de l’organisation.

  • En Suisse, l’accord sectoriel “Accessibilité du Web” fixe un objectif de conformité WCAG pour 2025 dans le secteur public.
  • Des audits montrent que seuls 37% des sites publics suisses testés en 2023 respectent ces normes pour les contenus vidéo (Ofcom, accessibility study 2023).

Des outils et ressources pour s’améliorer

  • Outils d’évaluation d’accessibilité : Wave, Axe ou Lighthouse pour détecter les contenus non conformes.
  • Plateformes de transcription automatique : Otter.ai, Sonix, Webcaptioner, avec post-édition humaine.
  • Services d’interprétariat LSF/LSF-CH : Procom, SGB-FSS, Relais Suisse, pour accompagner les événements ou proposer des vidéos traduites.
  • Guides de rédactions inclusives : PlainLanguage.gov, InclusionHub, pour optimiser clarté et lisibilité.
  • Retours terrain : sondages, interviews, focus groupes avec des personnes concernées. Ce sont les utilisatrices et utilisateurs finaux qui donneront les clés prioritaires pour chaque site.

Le numérique accessible pour tous : une société plus juste

Les sites web et services en ligne, qu’ils soient administratifs, éducatifs ou commerciaux, jouent un rôle croissant dans la vie quotidienne. Les rendre véritablement accessibles favorise l’autonomie, la participation sociale, et l’égalité des chances pour des milliers de personnes sourdes ou malentendantes en Suisse, mais aussi dans toute la francophonie. C’est aussi l’assurance de toucher davantage d’internautes (près de 5% de la population suisse concernée selon Procom), de renforcer la qualité de service, et d’offrir un visage plus moderne et solidaire à son organisation.

Faire le choix de l’inclusion numérique, c’est reconnaître que l’accessibilité n’est pas une contrainte, mais une formidable opportunité collective, qui profite à tous, et pour longtemps.

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