Garantir l’accès aux sites administratifs cantonaux aux malentendants : des solutions concrètes pour une vraie inclusion

29/12/2025

Pourquoi l’accessibilité numérique est cruciale pour les personnes malentendantes

En Suisse, l’information administrative se trouve de plus en plus en ligne : démarches, formulaires, annonces et aides sociales. Pour les personnes malentendantes, ce passage au tout-numérique peut être synonyme d’exclusion si rien n’est mis en place pour faciliter la compréhension.

  • Première barrière : Les vidéos sans sous-titres, fréquentes lors des annonces officielles ou des explications de démarches administratives.
  • Deuxième barrière : L’absence de traduction en langue des signes suisse romande (LSR), langue maternelle de nombreux sourds.
  • Troisième barrière : Un langage administratif trop complexe, difficile à comprendre pour ceux dont le français écrit n’est pas la langue première.

La Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), que la Suisse a ratifiée en 2014, garantit l’égalité d’accès à l’information publique. Pourtant, un audit 2023 du site web de l’Etat du Valais révélait que seuls 27% des contenus vidéo étaient adaptés aux malentendants (source : Etat du Valais, Rapport Accessibilité Numérique). L’amélioration de l’accessibilité numérique concerne donc l’ensemble de la population, mais elle est indispensable pour l’inclusion des sourds et malentendants.

Identifier les besoins concrets des malentendants en ligne

Les besoins des personnes malentendantes ne se limitent pas au sous-titrage. Pour bien comprendre les obstacles, il faut écouter la diversité des profils – du malentendant léger à la personne sourde profonde, avec ou sans connaissance de la langue des signes.

  • Sous-titres de qualité : Ils sont la clé pour rendre les vidéos et webinaires accessibles à tous. Selon SwissTXT, 85% des personnes sourdes préfèrent les sous-titres synchronisés et fidèles, intégrant aussi les bruitages importants pour le contexte.
  • Transcriptions textuelles complètes : Elles doivent accompagner podcasts, vidéos ou annonces audio, pour offrir une alternative à la lecture.
  • Vidéos en langue des signes suisse romande (LSR) : Certaines informations, comme les annonces officielles ou les vidéos institutionnelles, doivent être traduites en LSR. Il s’agit de la langue naturelle pour environ 500’000 sourds en Suisse (source : Fédération Suisse des Sourds).
  • Langage administratif simplifié : Adapter le vocabulaire, éviter les phrases longues ou les termes techniques permet de toucher plus largement ceux dont le français écrit reste une seconde langue.

De nombreux utilisateurs apprécient aussi les interfaces multimédias claires, où l’accès à l’information ne dépend pas du son, ni d’une maîtrise parfaite du français écrit.

Bonnes pratiques à mettre en œuvre sur les sites administratifs cantonaux

Les règles d’accessibilité web ne sont pas une nouveauté. Depuis 2018, le standard WCAG 2.1 (Web Content Accessibility Guidelines) définit précisément les adaptations à mettre en place. Pour les administrations cantonales suisses, voici les recommandations essentielles à respecter :

1. Rendre toutes les vidéos accessibles par des sous-titres

  • Produire des sous-titres synchros et exacts pour chaque vidéo informative.
  • Vérifier la présence de sous-titres lors de la publication d’événements live ou différés.
  • Utiliser des outils de transcription automatique, mais toujours vérifier et corriger manuellement pour garantir la qualité (source : Service Culture, Genève – Guide pratique de l’accessibilité numérique).

2. Fournir des versions en langue des signes suisse romande

  • Traduire les annonces majeures (changements légaux, urgences, communications sanitaires) en LSR.
  • Publier ces vidéos sur la page d’accueil ou dans un espace clairement identifiable.
  • Collaborer avec les associations spécialisées pour garantir la qualité linguistique – comme Swiss Deaf Association ou l’Office de la Langue des Signes Française.

3. Publier systématiquement des transcriptions textuelles

  • Doubler chaque contenu audio ou vidéo d’une version texte facile à lire.
  • Penser à signaler clairement la disponibilité de ces transcriptions, via un lien ou une icône explicite.

4. Simplifier le langage administratif

  • Utiliser des phrases courtes, un vocabulaire courant, bannir le jargon et les formulations passives.
  • Proposer un glossaire pour expliquer les termes obligatoires.
  • S’inspirer des initiatives de "facile à lire et à comprendre" (FALC — source : Inclusion Handicap Suisse).

5. Intégrer des fonctionnalités d’aide à la navigation

  • Menus simples et visibles, avec des boutons suffisamment grands.
  • Moteur de recherche performant, qui tolère les fautes de frappe ou les synonymes.
  • Possibilité d’agrandir les caractères ou de passer en mode contraste élevé.
  • Accès facile aux aides en direct : chat en ligne, formulaire, ou contact mail accessible en LSR grâce à la vidéo (modèle déjà adopté par l’Etat de Genève : www.ge.ch/handicap/accessibilite-numerique).

Des exemples concrets de bonnes pratiques en Suisse et en Europe

Certains cantons et pays mènent déjà des politiques exemplaires. Le canton de Genève publie toutes ses annonces importantes avec sous-titres et format LSR. En France, le site Service-public.fr propose un accès direct à un espace "Langue des signes" et rend ses pages principales disponibles en version Facile à lire et à comprendre.

ExempleCaractéristiqueSource
Genève Vidéos sous-titrées et traduites en LSR, support via chat LSF Etat de Genève
Valais Quelques vidéos sous-titrées, présence de documents PDF accessibles Etat du Valais
France Rubrique "Langue des signes", textes en FALC Service-public.fr

Ces exemples montrent qu’avec une volonté politique et un dialogue avec les associations, il est possible de faire évoluer rapidement les pratiques pour répondre aux besoins de tous.

L’accessibilité : un investissement pour une société plus inclusive

Rendre les sites des administrations accessibles ne bénéficie pas uniquement aux personnes sourdes ou malentendantes. Cela facilite la vie des personnes âgées, des étrangers maîtrisant mal le français ou de toute personne en situation de handicap retrouvé momentanément (acouphènes, perte temporaire d'audition, etc.). Selon l’Union européenne, chaque euro investi dans l’accessibilité numérique en rapporte trois en termes de gain social, d’efficacité et de réduction des coûts d’assistance.

Loin d’être une contrainte, cette démarche encourage la citoyenneté et permet à chacun de participer pleinement à la vie publique. En Valais comme ailleurs, adapter les plateformes numériques est une question d’équité, d’éthique et d’efficacité administrative.

Quelques outils et ressources pour aider les administrations

  • Le Centre Tessinois pour la Communication Accessible (CTCA) propose conseils et audits personnalisés en Suisse romande.
  • Le guide "Accessibilité numérique pour tous" de la Confédération (OFAS, 2022) détaille toutes les étapes concrètes à suivre (insieme.ch).
  • La communauté des testeurs utilisateurs sourds accompagne la création ou la refonte des sites pour garantir des interfaces vraiment inclusives.

Vers des sites administratifs inclusifs : enjeux et perspectives

Améliorer l’accessibilité numérique, c’est permettre à chaque citoyen d’être autonome, informé et acteur de la société. Les exemples ne manquent pas : c’est en s’inspirant des meilleures pratiques, en écoutant les besoins des utilisateurs concernés et en nouant un dialogue actif avec la communauté sourde, que les administrations cantonales pourront garantir l’accès à leurs services à toutes et tous. Un site accessible, c’est bien plus qu’un site technique : c’est un espace d’égalité, de confiance et de modernité pour toute la société.

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