Vivre le Valais sans barrières : promouvoir l’accessibilité pour les sourds et malentendants

22/08/2025

Un défi quotidien, une cause collective

Le Valais compte environ 10'500 personnes sourdes ou malentendantes, soit près de 3,2 % de la population cantonale selon Pro Audito Suisse. Ces citoyens rencontrent chaque jour des obstacles qui limitent leur accès à l’information, aux services essentiels et à la vie sociale. Pourtant, des solutions efficaces existent pour leur permettre de participer pleinement à la société valaisanne. Cet article fait le point sur les moyens concrets de rendre le quotidien plus accessible, en s’appuyant sur des initiatives locales et des exemples suisses et européens.

Adapter la communication : le premier pas vers l’inclusion

Communiquer autrement, c’est possible

L’approche la plus fondamentale consiste à diversifier et adapter la communication. Pour les personnes sourdes et malentendantes, la barrière de la langue orale est quotidienne ; or, 90 % des échanges se font traditionnellement à l’oral (source : Office fédéral de la statistique). Il est donc essentiel de promouvoir des alternatives accessibles.

  • Langue des signes suisse romande (LSSR) : Favoriser l’apprentissage de la LSSR dans les services publics, les institutions et les écoles peut transformer le quotidien : à Lausanne, le projet “Signes et Accueil” a montré qu’un simple bonjour en LSSR lors d’un rendez-vous administre une reconnaissance et une ouverture immédiates.
  • Films et vidéos sous-titrées : Selon Swiss Subtitling, 24 % des programmes télévisés en Suisse romande étaient sous-titrés en 2010, un chiffre en progression mais encore insuffisant au regard des besoins. Inciter les associations, les écoles et les collectivités à généraliser le sous-titrage est indispensable.
  • Apps de transcription et d’interprétariat en ligne : Outils comme Ava, RogerVoice ou encore Sourdline permettent la transcription instantanée des conversations sur smartphone. Les administrations valaisannes pourraient faciliter leur usage lors des démarches officielles.
  • Pictogrammes et supports visuels : Les pictogrammes simplifient la compréhension dans les gares, hôpitaux et administrations, et doivent être généralisés.

Former les professionnels valaisans

L’accessibilité passe par la formation. En France, 56 % des établissements publics ont désigné au moins un "référent accessibilité" (Source : CNSA). En Valais, peu de services disposent de personnel sensibilisé à la surdité. Instituer des modules de sensibilisation pour le personnel médical, administratif ou éducatif permettrait de mieux accueillir et guider les usagers sourds et malentendants.

Faire valoir son droit à l’accessibilité : cadre légal et réalités locales

La Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) garantit à chacun l’égalité d’accès à l’éducation, au travail, aux services publics et à la justice. En Suisse, la loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand, RS 151.3) impose des mesures d’accessibilité. Mais sur le terrain, de nombreux défis persistent.

  • Accessibilité administrative : Plusieurs administrations cantonales permettent désormais la prise de rendez-vous en ligne ou par SMS. Cependant, l’accueil physique sans connaissances de base en LSSR, ni dispositif d’interprétariat, reste fréquent.
  • Accompagnement juridique : Le Service de l’égalité du Valais propose un soutien, en collaboration avec Pro Audito et la Fédération Suisse des Sourds, en cas de non-respect de l’accessibilité. Les démarches juridiques, souvent longues et complexes, peuvent, elles, être rendues plus accessibles via des formulaires simplifiés et la présence d’interprètes.
  • Cartes d’accessibilité : Plusieurs cantons testent des “cartes accessibilité”, comme à Genève ou Zurich, listant les lieux et services réellement adaptés. En Valais, une telle initiative pourrait stimuler la mise à niveau des structures publiques et privées.

Éducation accessible : favoriser la réussite de tous

En Valais, chaque année, environ 35 élèves sourds ou malentendants sont accompagnés en primaire et secondaire (Source : CIIP, 2022). De nombreux défis les attendent, depuis la maternelle jusqu’à l’université.

  • Inclusion scolaire avec soutien adapté : La présence d’auxiliaires de vie scolaire connaissant la LSSR, ou d’interprètes, améliore fortement l’intégration. Dans un rapport de la Fondation romande pour les Sourds et Malentendants, 70 % des élèves dotés d’un accompagnement spécifique témoignent d’une meilleure réussite scolaire.
  • Supports pédagogiques visuels et numériques : L’accès à des manuels adaptés, vidéos sous-titrées ou plateformes interactives proposant des transcriptions en temps réel est encore inégal selon les écoles et les régions.
  • Formations continues pour enseignants : Le programme “Inclusion en classe” du Canton de Vaud, qui propose des modules de sensibilisation à la surdité, pourrait inspirer le Valais.

Emploi et monde professionnel : lever les freins à l’insertion

Le taux d’emploi des personnes sourdes ou malentendantes demeure inférieur à celui de la population générale : 48 % contre 80 % en Suisse selon l’Office fédéral de la statistique (2020). Plusieurs leviers permettent de progresser.

  • Adaptation des postes et outils de travail : Téléphones adaptés (amplifiés, avec transcription), systèmes de boucle à induction pour les réunions, plateformes de visioconférence avec sous-titrage en direct. La Confédération subventionne partiellement ces équipements pour les entreprises qui engagent une personne atteinte de surdité reconnue (Source : AI Suisse).
  • Sensibilisation des employeurs : Les ateliers « Emploi et sourdité » animés par Pro Audito et la Fondation FNSMR encouragent l’accueil bienveillant et l’adaptation du recrutement. D’après la Fédération Suisse des Sourds, 76 % des recruteurs ayant suivi ces ateliers déclarent qu’ils seraient prêts à embaucher une personne sourde ou malentendante.
  • Coaching spécialisé : Programmes de Mentorat proposés par le Service d’Orientation professionnelle du Valais ou l’association Cap Contact.

Santé et accès aux soins : des pratiques à améliorer

L’accès à la santé reste un défi majeur. Selon la Fédération Suisse des Sourds, 64 % des personnes sourdes déclarent avoir renoncé à des soins par manque d’accessibilité. Plusieurs axes d’amélioration sont identifiés.

  1. Personnel médical formé : Des formations “santé et surdité” pour les médecins, infirmiers et personnels d’accueil permettent une meilleure compréhension des besoins : présentation des symptômes, communication de diagnostics, consentement éclairé.
  2. Systèmes d’alarme visuels et auditifs : En milieu hospitalier, l’utilisation de flash lumineux couplés à des vibrations sur téléphone mobile améliore la sécurité du patient sourd, par exemple en cas d’alerte incendie.
  3. Plateformes de prise de rendez-vous accessibles : Des sites comme MedicoValais ou OneDoc devraient toujours proposer la prise de rendez-vous par SMS ou e-mail, et non seulement par téléphone.
  4. Interprètes en LSSR pour les consultations majeures : La prise en charge des interprètes par l’assurance AI est possible pour les consultations essentielles (Source : Assurance Invalidité suisse, directives LSSR).

Vie sociale, culture et loisirs : la convivialité pour tous

La vie culturelle et les loisirs constituent pour beaucoup un domaine d’exclusion : concerts sans boucle magnétique, films sans sous-titres, paroles de conférences non traduites. Pourtant :

  • Événements accessibles : Le festival de la Foire du Valais ou le Théâtre du Croché proposent désormais certains spectacles en LSSR ou avec interprétation en direct. Généraliser cette pratique permettrait d’ouvrir largement l’accès aux lieux culturels valaisans.
  • Boucles d’induction magnétique : Ces systèmes, installés dans 15 % des bâtiments publics suisses selon la FSS, devraient être systématisés lors d’événements ou dans les espaces de réunion.
  • Clubs, associations et sports adaptés : Clubs sportifs comme le FC Sierre proposent des entraînements inclusifs, en collaboration avec la Fondation Suisse pour le Sport Handicap. Des jeux de société visuels ou des ateliers créatifs bilingues favorisent la participation active.

Innover grâce au numérique et au réseau

Le numérique transforme l’accessibilité : visioconférence avec sous-titrage automatique, reconnaissance vocale sur smartphones, domotique adaptée à la surdité (sonnettes lumineuses, alarmes vibrantes connectées). Plusieurs start-up suisses, telles que Sonosens ou Handytalk, développent actuellement des solutions “made in Valais” qui seront testées dans le canton dès 2024.

La solidarité passe aussi par l’échange d’informations fiables, le partage de bonnes adresses ou de conseils pratiques sur des plateformes dédiées — blogs, forums associatifs, groupes WhatsApp bilingues… La communauté sourde valaisanne, active et organisée, reste un appui précieux pour signaler les avancées ou les difficultés : chaque signalement participe à l’amélioration de l’accessibilité pour tous.

Perspectives et initiatives à encourager

Le Valais, riche de ses diversités, a tout pour devenir exemplaire en matière d’accessibilité. Pour accélérer la dynamique :

  • Renforcer la formation des professionnels dans tous les secteurs (santé, éducation, administration).
  • Généraliser l’affichage visuel, le sous-titrage et la signalétique adaptée dans les espaces publics.
  • Encourager les innovations technologiques valaisannes.
  • Créer une "carte accessibilité Valais" consultable en ligne, actualisée régulièrement avec la contribution de la communauté.
  • Soutenir les collaborations entre associations de sourds, institutions publiques et secteur privé.

Chaque progrès profite non seulement aux sourds et malentendants, mais à l’ensemble de la société. Un Valais accessible, c’est un canton hospitalier, ouvert, où chacun peut vivre pleinement.

Sources principales :

  • Office fédéral de la statistique : bfs.admin.ch
  • Pro Audito Suisse : pro-audito.ch
  • Fédération Suisse des Sourds : sgb-fss.ch
  • CIIP (Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande)
  • Fondation romande pour les Sourds et Malentendants
  • AI Suisse : ahv-iv.ch
  • CNSA (France), Swiss Subtitling

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